‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 165 sur 803 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

AURELLY, PAULINE.

PAULINE

Je sens qu’il dit vrai.

AURELLY, encore échauffé.

Quel argument ! Et les fripons aussi se plaisent avec les honnêtes gens, car ils trouvent leur compte dans la bonne foi de ceux-ci. (Plus doux.) Cependant, il faut l’avouer, il m’a remué jusqu’au fond de l’âme.

PAULINE

Non, il n’est pas coupable. — U aura rendu quelque grand service, dont tout le mérite, à ses yeux, est peut-être de rester ignoré.

AURELLY.

Mais manquer de fidélité !...

PAULINE

Avec un homme du caractère de M. de Mélac, je suis tentée de respecter tout ce que je ne puis comprendre.

AURELLY.

Quelque usage qu’il ait fait de ces fonds, il est inexcusable... Et partir!

PAULINE

Une voix intérieure me dit que ce crime apparent est peut-être, en lui, le dernier effort d’une vertu sublime. (D’un ton moins assuré.) Et son malheureux fils, mon oncle, ne vous fait-il pas compassion? A quelle extrémité l’amour de son pere vient de le porter contre vous, qu’il chérit si parfaitement !

AURELLY.

Il est vif, mais son cœur est honnête. Eh ! ma Pauline, ce que je regrette le plus est de n’avoir pu fonder sur lui le bonheur de mes vieux jours.

PAULINE, à part.

Qu’entends-je? (Haut.) Ah! monsieur, n’abandonnez pas votre ami : soyez sûr qu’il justifiera ce que vous aurez fait pour lui.

AURELLY.

Ta faiblesse diminue la honte que j’avais de la

Page 1