SAINT-ALBAN, PAULINE
SAINT-ALBAN
Malheureuse ! à Dieu ne plaise que je voulusse vous obtenir à ce prix !
Cependant vous abusez de la reconnaissance que je dois à M. de Mélac, pour exiger ma main...
SAINT-ALBAN s’assied.
Faites-moi la grâce de vous souvenir que mon amour n’a pas attendu cet événement pour se déclarer. Vous savez si j’ai souhaité vous devoir a vous-même, et commencer ma recherche par acquérir votre estime...
PAULINE
Que vous comptez pour assez peu de chose.
SAINT-ALBAN
Daignez m’apprendre comment je prouverais mieux le cas que j’en fais.
PAULINE
Le voici, monsieur. Si vous croyez votre honneur engagé de rendre un compte rigoureux, a votre compagnie, puis-je estimer un homme qui ne paraît se souvenir de ses devoirs que pour les sacrifier au premier goût qu’il veut. satisfaire? Et, si vous avez feint seulement de croire à cette obligation pour vous en prévaloir ici, que penser de celui qui se joue de l’infortune des autres, et fait dépendre l’honneur d’une famille respectable du caprice de l’amour et des refus d’une jeune fille .
SAINT-ALBAN, un peu décontenancé.
Je n’ai à rougir d’aucun oubli de mes devoirs. Mais, en supposant que le désir de vous plaire eût été capable de m’égarer... je l’avouerai, mademoiselle, je n’en attendais pas de vous le premier reproche.
PAULINE
Le premier! vous l’avez reçu de vous-même, lorsque vous avez mis votre silence à prix.
SAINT-ALBAN, vivement.
Mon silence ! Quelque importance qu’on y attache, il est promis sans conditions; et c est sans craindre pour vos amis que vous êtes libre de me percer le cœur, en refusant ma main.
PAULINE, fermement.
Peut-être avez-vous cru que j’avais quelque foitune, ou que mon oncle suppléerait...
SAINT-ALBAN, vivement.
Pardon si j’interromps encore ; je me suis déclaré sur ce point. De tous les biens que vous pourriez m’apporter, je ne veux que vous : c’est vous seule que je désire.
PAULINE
Votre générosité, monsieur, excite la mienne, car il y en a, sans doute, à vous avouer (quand je pourrais le taire) un motif de refus plus humiliant pour moi que le manque de fortune.
SAINT-ALBAN
Votre père m’a tout dit. (Pauline paraît extrême, ment surprise.) Je vous admire, et voici ma réponse. Je suis indépendant: l’amour vous destina ma main, la réflexion en confirme le don, si votre cœur est aussi libre que le mien vous est engage ; mais, sur ce point seulement, j’ose exiger la plus grande franchise.
PAULINE
Vous agissez si noblement, que le moindre détour serait un crime envers vous: sachez donc mon secret le plus pénible. (Us se lèvent , Pauline soupire et baisse les yeux.) Toute ma jeunesse passée avec Melac; la même éducation reçue ensemble; une conformité de principes, de talents, de goûts, peut-etre d’infortunes...
SAINT-ALBAN, péniblement.
Vous l’aimez?
PAULINE
C’est le dernier aveu que vous devait ma reconnaissance.
SAINT-ALBAN
A quelle épreuve mettez-vous ma vertu?
PAULINE
J’ai beaucoup compté sur elle.