‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 201 sur 803 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

le COMTE, FIGARO.

LE COMTE

Qu’ai-je entendu? Demain il épouse Rosine en secret !

FIGARO

Monseigneur, la difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la nécessité d’entreprendre.

LE COMTE

Quel est donc ce Basile qui se mêle de son mariage?

FIGARO

Un pauvre hère qui montre la musique à sa pupille, infatué de son art, friponneau, besoigneux, à genoux devant un écu, et dont il sera facile de venir à bout, monseigneur... ( Regardant ù la jalousie.) La v’ià, la v’ià !

LE COMTE

Qui donc?

FIGARO

Derrière sa jalousie, la voilà, la voilà! Ne regardez pas, ne regardez donc pas!

LE COMTE

Pourquoi?

Ne vous écrit-elle pas : Chantez indifféremment , c’est-à-dire chantez, comme si vous chantiez... seulement pour chanter. Oh ! la v’ià, la v’ià !

LE COMTE

Puisque j’ai commencé à l’intéresser sans être connu d’elle, ne quittons point le nom de Lindor que j’ai pris ; mon triomphe en aura plus de charmes. (Il déploie le papier que Rosine a jeté.) Mais comment chanter sur cette musique? Je ne sais pas faire de vers, moi.

FIGARO

Tout ce qui vous viendra, monseigneur, est excellent : en amour, le cœur n’est pas difficile sur les productions de l’esprit... Et prenez ma guitare.

LE COMTE

Que veux-tu que j’en fasse? j’en joue si mal !

FIGARO

Est-ce qu’un homme comme vous ignore quelque chose? Avec le dos de la main ; from, from, from... Chanter sans guitare à Séville! vous seriez bientôt reconnu, ma foi, bientôt dépisté.

(Figaro se colle au mur sous le balcon.)

LE COMTE chante en se promenant et s’accompagnant sur

sa guitare.

Premier couplet.

Vous l’ordonnez, je me ferai connaître;

Plus inconnu, j’osais vous adorer :

En me nommant, que pourrais-je espérer?

N’importe ! il faut obéir à son maître.

FIGARO, bas.

Fort bien, parbleu! courage, monseigneur!

LE COMTE

Deuxième couplet.

Je suis Lindor, ma naissance est commune ;

Mes vœux sont ceux d’un simple bachelier :

Que n’ai-je, hélas! d’un brillant chevalier A vous offrir le rang et la fortune !

LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE TI, SCÈNE T

FIGARO

Et comment, diable: je ne ferais pas mieux, moi qui m’en pique.

LE COMTE

Troisième couplet .

Tous les matins, ici, d’une voix tendre,

Je chanterai mon amour sans espoir ;

Je bornerai mes plaisirs à vous voir;

Et puissiez-vous en trouver à m’entendre .

FIGARO

Oh ! ma foi , pour celui-ci !...

m S’approche cl baise le bas rie t habit de son maure.)

Figaro?

FIGARO

Excellence !

LE COMTE

Crois-tu que l’on m’ait entendu?

ROSINE, en dedans , chante.

Air du Maître en droit.

Tout me dit que Lindor est charmant,

Que je dois l’aimer constamment...

(On entend une croisée qui se ferme avec bruit.)

FIGARO

Croyez-vous qu’on vous ait entendu cette fois .

LE COMTE

Elle a fermé sa fenêtre*, quelqu’un apparemment est entré chez elle.

FIGARO

Ah’ la pauvre petite, comme elle tremble en chantant'. Elle est prise, monseigneur.

LE COMTE

Elle se sert du moyen qu’elle-même a indiqué Tout me dit que Lindor est charmant. Que de grâces . que d’esprit !

FIGARO

Que de ruse ! que d’amour !

Crois-tu qu’elle se donne à moi, Figaro?

FIGARO

Elle passera plutôt à travers cette jalousie que d’y manquer.

LE COMTE

C’en est fait, je suis à ma Rosine... pour la vie.

FIGARO

Vous oubliez, monseigneur, qu’elle ne vous entend plus.

LE COMTE

Monsieur Figaro, je n’ai qu’un mot à vous dire : elle sera ma femme; et si vous servez bien mon projet en lui cachant mon nom... tu m’entends, tu me connais...

FIGARO

Je me rends. Allons, Figaro, vole à la fortune mon fils !

LE COMTE

FIGARO, vivement.

Moi l’entre ici, où, par la force de mon art, je vais, d’un seul coup de baguette, endormir a vigilance, éveiller l’amour, égarer la jalo«siMou vover l’intrigue, et renverser tous les obstacle . Vous, monseigneur, chez moi, l’habit de soldat, le billet de logement, et de l’or dans vos poeb

Pour qui de l’or?

FIGARO, vivement.

De l’or, mon Dieu, de l’or! c’est le nerf de 1 intrigue.

LE COMTE

Ne te fâche pas, Figaro, j’en prendrai beaucoup.

FIGARO, s'en allant.

Je vous rejoins dans peu.

LE COMTE

Figaro?

FIGARO

Qu’est-ce que c’est?

LE COMTE

Et ta guitare?

FIGARO revient.

J’oublie ma guitare, moi ! je suis donc fou !

(Il s'en va.)

le COMTE.

Et ta demeure, étourdi?

FIGARO revient .

Ah! réellement je suis frappé! — Ma boutique a quatre pas d’ici, peinte en bleu, vitrage en plomb trois .palettes en l’air, l’œil dans la main, tonsiho manuque, figaro. s-e„/uiI.)

LL LUlVliii* i |

Retirons-nous, crainte de nous rendre suspects. J, momen .

Page 1