‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 22 sur 803 · ld., p. 571. I chais, quatrième mémoire · texte numérisé non relu

ld., p. 571. I chais, quatrième mémoire

VIE DE BEAUMARCHAIS

nement comme faussaire, devienne accusé à son tour; et plus tard, quand est prononcé l’arrêt, le fait déclarer par là hors de cour, ce qui pour un magistrat équivalait a la

déchéance. ,

Il le lui devait bien. Non-seulement Goëzman l’avait jeté dans cette bagarre, mais

il y était de tous celui qui lui avait décoché les traits les plus à craindre. Dans un de ses Mémoires n’avait-il pas, par exemple, fait la plus perfide allusion au « glorieux voyage d’Espagne » de Beaumarchais, sans oublier d’y joindre les mots « d’inquisition , d espionnage, etc.? » Il sentit l’aiguillon, mais pour n’en bondir que mieux. Il comprit qu il fallait enfin s’expliquer sur ce voyage. Une lettre, qu’on disait venue d’Espagne, et qui, disait-on encore, courait en copies nombreuses par les soins de Mann, le décida. C est surtout de l’aventure de sa sœur et de Clavijo qu’il y était question, avec tous les travestissements dont on pouvait la déguiser. Le terrain étant des meilleurs pour la riposte, Beaumarchais l’accepta, et c’est ainsi qu’au beau milieu du quatrième mémoire put s etaler le romanesque épisode où il se découpe un si beau rôle de frère chevaleresque en meme temps qu’il taille à sa sœur Lisette, malgré ses trente-six ans, une si blanche robe de jeune victime. A beau mehtir qui vient de loin, et tout cela venait d Espagne.

Le succès fut énorme, et sans démenti, si ce n’est tout bas de la part des clairvoyan s. Quelques-uns trouvèrent en tout cela une si heureuse fortune pour ce diable d homme, qui sans cesse précipité au fond du gouffre, savait chaque fois en rebondir sur un pie destal1, qu’ils ne purent s’empêcher de croire à quelque double fond, où la vente s arrangeait à son profit : « Cette histoire, écrivit au moment même sur l’épisode de.Clavijo La Harpe, dont, comme l’a dit Sainte-Beuve2, la bienveillance pour Beaumarchais nest pourtant pas suspecte, cette histoire dont les détails lui permettaient 1 interet du roman, le montra sous un si beau jour, qu’on était tenté de penser que lui-meme avait fait courir contre lui la lettre injurieuse dont il avait tiré un si grand parti3.» Pour nous, apres l’avoir bien lue et relue, et sachant d’aüleurs tout ce qu’en pareil cas son habileté pouvait

lui faire imaginer, rien n’est plus vraisemblable.

Il était aussi adroit pour la publicité de ses Mémoires que spirituel et ingénieux pour leur fabrication. Le quatrième qui est le plus étonnant par l’esprit, par la verve, et aussi par la vivacité des attaques contre le Parlement, « le plus dérisoire, disent es . ernoi secrets \ contre le nouveau tribunal tout entier, » pouvait, en raison de son ton d offensive audacieuse se substituant partout à la défensive, être, dès le premier jour, arrête dans son débit. Que fit Beaumarchais ? Malgré l’impatience du public qui le pressait depuis plusieurs mois, il attendit pour le lancer le moment d’une longue vacance pendant laquelle, suspendant son action, la justice ne pourrait rien contre lui. Il l’ajourna jusqu aux jours gras. Son Barbier , qui a manqué le carnaval de l’année précédente, manquera encore celui-ci, retenu qu’il est toujours par la police. Ce quatrième Mémoire va le dédommager et mettre peut-être tout aussi bien les rieurs de son côté. Pour ajouter aux malices de la mascarade où il y flagelle tant de gens dans le défilé, c’est au milieu des masques qu il le lance.

« Dès la nuit, lisons-nous dans les Mémoires secrets, sous la date du 15 février 1774, î l’a mis en vente au bal de l’Opéra 5. » Trois jours après, avant que le carnaval fut fini et ' que la justice qui pouvait l’arrêter eût repris son cours, six mille exemplaires étaient

GïllôVGS.

C’était partout une passion, une fièvre égale à la sienne ; et, de la part de ceux qui ne

1 . C'est l’heureuse expression de La Harpe, Correspondance littéraire , t. 1, p. 13.

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