‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 236 sur 803 · LE COMTE, ROSINE, FIGARO · texte numérisé non relu

LE COMTE, ROSINE, FIGARO

(Figaro allume toutes les bougies qui sont sur la table.) le comte.

La voici. — Ma belle Rosine!

ROSINE, d’un ton très- composé.

Je commençais, monsieur, à craindre que \ous ne vinssiez pas.

le comte.

Charmante inquiétude !... Mademoiselle, il ne me convient point d’abuser des circonstances pour vous proposer de partager le sort d’un info taue mais, Quelque asile que vous choisissiez, je ju mon honneur...

ROSINE. . ,

Monsieur, si le don de ma main ‘'“J seriez suivre à l’instant celui de mon cœur, vor pas ici. Que la nécessité justifie a vos yeux ce qu

Non.

LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE IV, SCÈNE VII

Vous, Rosine ! la compagne d’un malheureux ! sans fortune, sans naissance !...

ROSINE

La naissance, la fortune ! Laissons là les jeux du hasard ; et si vous m’assurez que vos intentions sont pures...

LE COMTE, à ses pieds.

Ah ! Rosine ! je vous adore !...

ROSINE, indignée.

Arrêtez, malheureux!... vous osez profaner... Tu m’adores!... va, tu n’es plus dangereux pour moi : j’attendais ce mot pour te détester. Mais, avant de t’abandonner au remords qui t’attend (en pleurant j, apprends que je t’aimais, apprends que je faisais mon bonheur de partager ton mauvais sort. Misérable Lindor ! j’allais tout quitter pour te suivre. Mais le lâche abus que tu as fait de mes bontés, et l’indignité de cet affreux comte Almaviva, à qui tu me vendais, ont fait rentrer dans mes mains ce témoignage de ma faiblesse. Connais-tu cette lettre?

LE COMTE, vivement.

Que votre tuteur vous a remise?

ROSINE, fièrement.

Oui, je lui en ai l’obligation.

LE COMTE

Dieux, que je suis heureux! Il la tient de moi. Dans mon embarras, hier, je m’en suis servi pour arracher sa confiance; et je n’ai pu trouver l’instant de vous en informer. Ah ! Rosine ! il est donc vrai que vous m’aimez véritablement !

Monseigneur, vous cherchiez une femme qui vous aimât pour vous-même...

ROSINE

Monseigneur!... Que dit-il?

LE comte, jetant son large manteau , paraît en habit

magnifique.

O la plus aimée des femmes ! il n’est plus temps de vous abuser : l’heureux homme que vous voyez à vos pieds n’est point Lindor; je suis le comte Almaviva, qui meurt d’amour, et vous cherche en vain depuis six mois.

ROSINE tombe dans les bras du comte.

Ah!...

LE COMTE, effrayé.

Figaro?

FIGARO

Point d’inquiétude, monseigneur; la douce émotion de la joie n’a jamais de suites fâcheuses : la voilà, la voilà qui reprend ses sens. Morbleu ! qu’elle est belle!

ROSINE

Ah! Lindor!... ah! monsieur! que je suis coupable! j’allais me donner cette nuit même à mon tuteur.

LE COMTE

Vous, Rosine!

Ne voyez que ma punition ! J’aurais passé ma vie à vous détester. Ah! Lindor! le plus affreux supplice n’est-il pas de haïr, quand on sent qu’on est faite pour aimer?

FIGARO regarde à la fenêtre.

Monseigneur, le retour est fermé ; l’échelle est enlevée.

LE COMTE

Enlevée !

ROSINE, troublée.

Oui, c’est moi... c’est le docteur. Voilà le fruit de ma crédulité. Il m’a trompée. J’ai tout avoué, tout trahi : il sait que vous êtes ici, et va venir avec main-forte.

FIGARO regarde encore.

Monseigneur, on ouvre la porte de la rue.

ROSINE, courant dans les bras du comte avec frayeur.

Ah ! Lindor !...

le COMTE, avec fermeté.

Rosine, vous m’aimez ! Je ne crains personne ; et vous serez ma femme. J’aurai donc le plaisir de punir à mon gré l’odieux vieillard !...

ROSINE

Non, non, grâce pour lui, cher Lindor! Mon cœur est si plein, que la vengeance ne peut y trouver place.

le NOTAIRE, don BASILE, les acteurs précédents.

FIGARO

Monseigneur, c’est notre notaire.

LE COMTE

Et l’ami Basile avec lui !

BASILE

Ah ! qu’est-ce que j’aperçois?

FIGARO

Eh! par quel hasard, notre ami...

BASILE

Par quel accident, messieurs?

LE NOTAIRE

Sont-ce là les futurs conjoints?

LE COMTE

Oui, monsieur. Vous deviez unir la signora Rosine et moi cette nuit, chez le barbier Figaro ; mais nous avons préféré cette maison, pour des raisons que vous saurez. Avez-vous notre contrat?

LE NOTAIRE

J’ai donc l’honneur de parler à Son Excellence monsieur le comte Almaviva ?

FIGARO

Précisément.

BASILE, à part.

Si c’est pour cela qu’il m’a donné le passe-partout...

LE NOTAIRE

C’est que j’ai deux contrats de mariage, mon-

m le BARBIER DE SÉVILLE, ACTE IV, SCÈNE VIII.

seigneur; ne confondons point : voici le vôtre; et S ici celui du seigneur Bartholo avec la signora... Rosine aussi. Les demoiselles apparemment sont deux sœurs qui portent le meme nom.

LE COMTE

Signons toujours. Don Basile voudra bien nous servir de second témoin.

( Ils signent.)

BASILE

Mais, Votre Excellence... je ne comprends pas...

LE COMTE

Mon maître Basile, un rien vous embarrasse, et tout vous étonne.

BASILE

Monseigneur... Mais si le docteur...

LE COMTE, lui jetant une bourse.

Vous faites l’enfant! Signez donc vite.

BASILE, étonné.

Ah! ah!...

Où donc est la difficulté de signer?

BASILE, pesant la bourse.

11 n’y en a plus; mais c’est que moi, A donné ma parole une fois, il faut des mo 1

grand poids... (n signe.)

quand j’ai

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