SCÈNE II
FIGARO, seul.
La charmante fille ! toujours riante, verdissante, pleine de gaieté, d’esprit, d’amour et de délices! mais sage!.,. ( Il marche vivement en se frottant les
mains.) Ah! monseigneur! mon cher monseigneur! vous voulez m’en donner... à garder! Je cherchais aussi pourquoi, m’ayant nommé concierge, il m’emmène à son ambassade, et m’établit courrier de dépêches. J’entends, monsieur le comte : trois promotions à la fois : vous, compagnon ministre; moi, casse-cou politique; et Suzon, dame du lieu, l’ambassadrice de poche; et puis fouette, courrier! Pendant que je galoperais d’un côté, vous feriez faire de l’autre à ma belle un joli chemin! Me crottant, m’échinant pour la gloire de votre famille ; vous, daignant concourir à l’accroissement de la mienne! Quelle douce réciprocité! Mais, monseigneur, il y a de l’abus. Faire à Londres, en même temps, les affaires de votre maître et celles de votre valet! représenter à la fois le roi et moi dans une cour étrangère, c’est trop de moitié, c’est trop. — Pour toi, Basile, fripon mon cadet, je veux t’apprendre à clocher devant les boiteux; je veux... Non, dissimulons avec eux pour les enferrer l’un par l’autre. Attention sur la journée, monsieur Figaro ! D’abord, avancer l’heure de votre petite fête, pour épouser plus sûrement; écarter une Marceline qui de vous est friande en diable; empocher l’or et les présents; donner le change aux petites passions de monsieur le comte ; étriller rondement monsieur du Basile, et...