‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 247 sur 803 · SUZANNE, CHÉRUBIN · texte numérisé non relu

SUZANNE, CHÉRUBIN

chérubin, accourant.

Ah ! Suzon, depuis deux heures j’épie le moment de te trouver seule. Hélas ! tu te maries, et moi je vais partir.

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE I, SCÈNE VIII

SUZANNE

Comment mon mariage éloigne-t-il du chateau le premier page de monseigneur?

CHÉRUBIN, piteusement.

Suzanne, il me renvoie.

SUZANNE le contrefait.

Chérubin, quelque sottise !

CHÉRUBIN

Il m'a trouvé hier au soir chez ta cousine Fanchette à qui je faisais répéter son petit rôle d innocente, pour la fête de ce soir : il s’est mis . dans une fureur en me voyant! — Sortez, m a-t-il d , petit .. Je n’ose pas prononcer devant une lemme Te gros mot qu’il a dit : sortez , et demain vous ne coucherez pas au château. Si madame, si ma belle marraine ne parvient pas a 1 apaiser, c est lait, Suzon : je suis à jamais privé du bonheur de te voir.

SUZANNE

De me voir, moi? c’est mon tour? Ce n’est donc plus pour ma maîtresse que vous soupirez en seciet?

CHÉRUBIN

Ah: Suzon, qu’elle est noble et belle 1 mais qu elle est imposante!

SUZANNE

C’est-à-dire que je ne le suis pas, et qu’on peut oser avec moi...

CHÉRUBIN

Tu sais trop bien, méchante, que je n’ose pas oser. Mais que tu es heureuse! a tous moments lavoir, lui parler, l’habiller le > matin , et la deshabiller le soir, épingle a epingle... Ah. Suzon, 3 donnerais... Qu’est-ce que tu tiens donc la .

SUZANNE, raillant.

Hélas! l’heureux bonnet et le fortune ruban qui renferment la nuit les cheveux de cette belle marraine...

CHÉRUBIN, vivement.

Son ruban de nuit! donne-le-moi, mon cœur.

SUZANNE, le retirant.

Eh! que non pas! — Son cœur ! Comme il est familier donc! si ce n’était pas un morveux sans conséquence. ( Chérubin arrache le ruban.) Ah. le

ruban ! , ..

CHÉRUBIN tourne autour du grand fauteuil.

Tu diras qu’il est égaré, gâté, qu’il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.

SUZANNE tourne après lui.

Oh ! dans trois ou quatre ans, je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien!... Rendez-vous le ruban? . v

(Elle veut le reprendre .) CHÉRUBIN tire une romance de sa poche.

Laisse, ah! laisse-le-moi, Suzon; je te donnerai ma romance; et, pendant que le souvenir e belle maîtresse attristera tous mes moments, ie tien y versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon cœur.

SUZANNE arrache la romance.

Amuser votre cœur, petit scélérat! vous croyez parler à votre Fanchette. On vous surprend chez elle, et vous soupirez pour madame ; et vous m en contez à moi, par-dessus le marché !

CHÉRUBIN, exalté.

Cela est vrai, d’honneur! je ne sais plus ce que je suis , mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée; mon cœur palpite au seul aspect d’une femme ; les mots amour et volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire à quelqu’un Je vous aime est devenu pour moi si pressant, que je le dis tout seul, en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux arbres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. — Hier je rencontrai Marceline...

SUZANNE, riant.

Ah ! ah ! ah ! ah !

CHÉRUBIN

Pourquoi non? elle est femme! elle est fille!

Une fille , une femme ! ah ! que ces noms sont

doux ! qu’ils sont intéressants !

SUZANNE

Il devient fou !

CHÉRUBIN

Fanchette est douce , elle m’écoute au moins .

tu ne l’es pas, toi !

SUZANNE

C’est bien dommage ; écoutez donc monsieur l

(Elle veut arracher le ruban.)

CHÉRUBIN tourne en fuyant.

Ah! ouiche! on ne l’aura, vois-tu, qu’avec ma

vie. Mais si tu n’es pas contente du prix, j y Join“ drai mille baisers.

( Il lui donne chasse à son tour.) SUZANNE tourne en fuyant . . 5

Mille soufflets, si vous approchez! Je vais m en plaindre à ma maîtresse; et, loin de supphei pour vous, je dirai moi-même a monseigneu • C’est bien fait, monseigneur. , 3 “ ‘

voleur; renvoyez à ses parer i s un petit mauva suiet qui se donne les airs d’aimer madame, qui veuttoujours m’embrasser par contrecoup. ^ CHÉRUBIN voit le comte entier, il se ] fauteuil avec effroi.

Je suis perdu.

SUZANNE

Quelle frayeur !

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