‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 253 sur 803 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

SUZANNE ; LA COMTESSE entre par la porte à droite..

LA COMTESSE se jette dans une bergère.

Ferme la porte, Suzanne, et conte-moi tout dans le plus grand détail.

SUZANNE

Je n’ai rien caché à madame.

LA COMTESSE

Quoi! Suzon, il voulait te séduire ?

SUZANNE

Oh! que non! monseigneur n’y met pas tant de façon avec sa servante : il voulait m’acheter.

LA COMTESSE

Et le petit page était présent?

SUZANNE

C’est-à-dire caché derrière le grand fauteuil. Il venait me prier de vous demander sa grâce.

LA COMTESSE

Hé ! pourquoi ne pas s’adresser à moi-même ? Est-ce que je l’aurais refusé, Suzon?

SUZANNE

C’est ce que j’ai dit : mais ses regrets de partir, et surtout de quitter madame ! Ah ! Suzon, qu’elle est noble et belle ! mais quelle est imposante !

LA COMTESSE

Est-ce que j’ai cet air-là, Suzon ? Moi qui l’ai toujours protégé.

Puis il a vu votre ruban de nuit que je tenais ; il s’est jeté dessus...

LA COMTESSE, souriant.

Mon ruban?... Quelle enfance!

SUZANNE

J’ai voulu le lui ôter : madame, c’était un lion; ses yeux brillaient... Tu ne l’auras qu’avec ma vie, disait-il en forçant sa petite voix douce et grêle.

LA COMTESSE, rêvant.

Eh bien, Suzon?

SUZANNE

Eh bien, madame, est-ce qu’on peut faire finir ce petit démon-là? Ma marraine par-ci; je voudrais bien par l’autre : et parce qu’il n’oserait seulement baiser la robe de madame, il voudrait toujours m’embrasser, moi.

LA COMTESSE, rêvant.

Laissons. . , laissons ces folies. . . Enfin, ma pauvre Suzanne, mon époux a fini par te dire...

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE II, SCÈNE II

SUZANNE

Que si je ne voulais pas l’entendre, il allait protéger Marceline.

la COMTESSE se lève et se promène , en se servant fortement de l’éventail.

Il ne m’aime plus du tout.

SUZANNE

Pourquoi tant de jalousie?

LA COMTESSE

Comme tous les maris, ma chère ! uniquement par orgueil. Ah ! je l’ai trop aimé ; je l’ai lassé de mes tendresses et fatigué de mon amour : voilà mon seul tort avec lui ; mais je n entends pas que cet honnête aveu te nuise, et tu épouseras Figaro. Lui seul peut nous y aider : viendra-t-il?

SUZANNE

Dès qu’il verra partir la chasse.

LA COMTESSE, se servant de l’éventail.

Ouvre un peu la croisée sur le jardin. Il fait une chaleur ici !...

SUZANNE

C’est que madame parle et marche avec action.

( Elle va ouvrir la croisée du fond.)

LA COMTESSE, rêvant longtemps.

Sans cette constance à me fuir... Les hommes sont bien coupables !

SUZANNE crie , de la fenêtre :

Ah! voilà monseigneur qui traverse à cheval le grand potager, suivi de Pédrille, avec deux, trois, quatre lévriers.

LA COMTESSE

Nous avons du temps devant nous. ( Elle s assied.) On frappe, Suzon!

SUZANNE court ouvrir en chantant.

Ah ! c’est mon Figaro ! ah! c’est mon Figaro!

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