ACTE III, SCÈNE XVIII
FIGARO
Et moi le bon sens, ma mère, qui me servait l’instinct quand je vous refusais; car j’étais loin le vous haïr, témoin l’argent...
MARCELINE lui remet un papier.
Il est à toi : reprends ton billet, c’est ta dot.
SUZANNE lui jette la bourse.
Prends encore celle-ci.
FIGARO
Grand merci.
MARCELINE, exaltée.
Fille assez malheureuse, j’allais devenir la plus misérable des femmes, et je suis la plus fortunée des mères ! Embrassez-moi, mes deux enfants ; j’unis en vous toutes mes tendresses. Heureuse autant que je puis l’être, âh ! mes enfants, combien je vais aimer !
FIGARO attendri , avec vivacité.
Arrête donc, chère mère! arrête donc! voudrais-tu voir se fondre en eau mes yeux noyés des premières larmes que je connaisse? Elles sont de joie, au moins! Mais quelle stupidité ! j’ai manqué d’en être honteux; je les sentais couler entre mes doigts: regarde (il montre ses doigts écartés)’, et je les retenais bêtement ! Va te promener, la honte ! je veux rire et pleurer en même temps; on ne sent pas deux fois ce que j’éprouve.
[II embrasse sa mère d'un côté, Suzanne de Vautre.)
MARCELINE
O mon ami !
SUZANNE
Mon cher ami !
BRID’OISON, s'essuyant les yeux d’un mouchoir.
Eh bien! moi, je suis donc bê-ête aussi!
FIGARO, exalté.
Chagrin, c’est maintenant que je puis te défier! Atteins-moi, si tu l’oses, entre ces deux femmes chéries.
ANTONIO, à Figaro.
Pas tant de cajoleries, s’il vous plaît. En fait de mariage dans les familles, celui des parents va devant, savez! Les vôtres se baillent-ils la main?
BARTHOLO
Ma main! puisse-t-elle se dessécher et tomber, si jamais je la donne à la mère d’un tel drôle!
ANTONIO, à Bartholo.
Vous n’êtes donc qu’un père marâtre? [A Figaro.) . En ce cas, not’ galant, plus de parole.
SUZANNE
Ah! mon oncle...
ANTONIO
Irai-je donner l’enfant de not’sœur à sti qui n’est l’enfant de personne?