‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 325 sur 803 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

FIGARO, le COMTE, la COMTESSE, SUZANNE.

FIGARO s’approche.

Je vais...

LE COMTE, croyant parler au page.

Puisque vous ne redoublez pas le baiser...

(Il croit lui donner un soufflet.) FIGARO, qui est ù portée , le reçoit.

Ah!

LE COMTE

... Voilà toujours le premier payé.

FIGARO, à part, s’éloigne en se frottant la joue.

Tout n’est pas gain non plus en écoutant.

Suzanne, riant tout haut , de Vautre côté.

Ah, ah, ah, ah!

IÆ COMTE, à la comtesse , qu'il prend pour Suzanne

Entend-on quelque chose à ce page ! Il reçoit e plus rude soufflet, et s’enfuit en éclatant de riçe.

FIGARO, à part.

S’il s’affligeait de celui-ci 1...

LE COMTE

Comment! je ne pourrai faire un pas... [i la comiesse.) Mais laissons cette bizarrerie; elle empoisonnerait le plaisir que j’ai de te trouver dans cette salle.

LA COMTESSE, imitant le parler de Suzanne.

L’espériez-vous?

LE COMTE

Après ton ingénieux billet! [Il lui prend la main.) Tu trembles?

LA COMTESSE

J’ai eu peur.

Ce n’est pas pour te priver du baiser que je l’ai pris. , s

[Il la baise au front.)

LA COMTESSE

Des libertés !

FIGARO, Ù part.

Coquine !

SUZANNE, à part.

si complaisantes, et si constamment obligeantes, et toujours, et sans relâche, qu’on est tout surpris un beau soir de trouver la satiété où l’on recherchait le bonheur.

LA COMTESSE, à part.

Ah ! quelle leçon !

LE COMTE

En vérité, Suzon, j’ai pensé mille fois que si nous poursuivons ailleurs ce plaisir qui nous fuit chez elles, c’est qu’elles n’étudient pas assez 1 art de soutenir notre goût, de se renouveler à l’amour, de ranimer, pour ainsi dire, le charme de leur possession par celui de la variété.

LA COMTESSE, piquée.

Donc elles doivent tout?...

LE COMTE, riant.

Et l’homme rien. Changerons-nous la marche de la nature? Notre tâche à nous fut de les obtenir, la leur...

La leur?

LE COMTE

Est de nous retenir : on l’oublie trop.

LA COMTESSE

Ce ne sera pas moi.

LE COMTE

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE V, SCÈNE VII

Charmante !

LE COMTE prend la main de sa femme. ,

Mais quelle peau fine et douce, et qu’il s’en faut que la comtesse ait la main aussi belle !

LA COMTESSE, à part.

Oh ! la prévention!

LE COMTE

A-t-elle ce bras ferme et rondelet? ces jolis doigts pleins de grâce et d’espièglerie?

LA comtesse, de la voix de Suzanne.

Ainsi l’amour...

LE COMTE

L’amour... n’est que le roman du cœur ; cest le plaisir qui en est l’histoire : il m’amène à tes genoux.

Vous ne l’aimez plus?

LE COMTE

Je l’aime beaucoup ; mais trois ans d union rendent l’hymen si respectable !

LA COMTESSE

Que vouliez-vous en elle?

LE COMTE, la caressant.

Ce que je trouve en toi, ma beauté...

LA COMTESSE

Mais dites donc.

LE COMTE

Je ne sais : moins d’uniformité peut-être, plus de piquant dans les manières, un je ne sais quoi qui fait le charme ; quelquefois un refus, que sais-je? Nos femmes croient tout accomplir en nous aimant : cela dit une fois, elles nous aiment, nous aiment (quand elles nous aiment!) , et sont

Ni moi.

FIGARO, à part.

Ni moi.

SUZANNE, à part.

Ni moi.

LE COMTE prend la main de sa femme.

Il y a de l’écho ici ; parlons plus bas. Tu n’as nul besoin d’y songer, toi que l’amour a faite et si vive et si jolie! Avec un grain de caprice, tu seras la plus agaçante maîtresse! [Il la baise au front.) Ma Suzanne,* un Castillan n’a que sa parole. Voici tout l’or promis pour le rachat du droit que je n’ai plus sur le délicieux moment que tu m’accordes. Mais comme la grâce que tu daignes y mettre est sans prix, j’y joindrai ce brillant, que tu -porteras pour

l’amour de moi.

LA comtesse fait une révérence.

Suzanne accepte tout.

figaro, à part.

On n’est pas plus coquine que cela.

SUZANNE, à part.

Voilà du bon bien qui nous arrive.

LE COMTE, à part.

Elle est intéressée : tant mieux.

LA COMTESSE regarde aù fond.

Je vois des flambeaux.

LE COMTE

Ce sont les apprêts de ta noce. Entrons-nous un moment dans l’un de ces pavillons, pour les laisser passer?

LA COMTESSE

Sans lumière?

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE V, SCÈNE VIII

SUZANNE, lui fermant la bouche avec sa main, oublie de déguiser sa voix.

LE COMTE l'entraîne doucement .

A quoi bon? Nous n’avons rien à lire.

FIGARO, à part.

Elle y va, ma foi ! Je m’en doutais.

(Il s'avance .)

LE COMTE grossit sa voix en se retournant.

Qui passe ici?

FIGARO, en colère.

Passer! on vient exprès.

le COMTE, bas à la comtesse.

C’est Figaro!...

(Il s'enfuit.)

LA COMTESSE

Je vous suis.

(Elle entre dans le pavillon à sa droite , pendant que le comte se perd dans le bois , au fond.)

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