‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 342 sur 803 · LA MÈRE COUPABLE, ACTE I, SCÈNE IY · texte numérisé non relu

LA MÈRE COUPABLE, ACTE I, SCÈNE IY

Tu n’es pas mal bourru non plus !

FIGARO

Comme son autre fils paraît lui devenir odieux !...

SUZANNE

Que trop !

FIGARO

Comme madame est malheureuse !...

SUZANNE

C’est un grand crime qu’il commet!

FIGARO

Comme il redouble de tendresse pour sa pupille Florestine! comme il fait surtout des efforts pour dénaturer sa fortune !

SUZANNE

Sais-tu, mon pauvre Figaro, que lu commences à radoter? Si je sais tout cela, qu’est-il besoin de me le dire?

FIGARO

Encore faut-il bien s’expliquer pour s’assurer que l’on s’entend! N’est-il pas avéré pour nous que cet astucieux Irlandais, le fléau de cette famille, après avoir chiffré, comme secrétaire, quelques ambassades auprès du comte, s’est emparé de leurs secrets à tous? que ce profond machinateur a su les entraîner, de l’indolente Espagne, en ce pays remué de fond en comble, espérant y mieux profiter de la désunion où ils vivent, pour séparer le mari dç la femme, épouser la pupille, et envahir les biens d’une maison qui se délabre?

Enfin, moi, que puis-je à cela?

FIGARO

Ne jamais le perdre de vue, me mettre au cours de ses démarches...

SUZANNE

Mais je te rends tout ce qu’il dit.

FIGARO

Oh! ce qu’il dit... n’est que ce qu’il veut dire! Mais saisir, en parlant, les mots qui lui échappent, le moindre geste, un mouvement, c’est là qu’est le secret de l’âme ! Il se trame ici quelque horreur. Il faut qu’il s’en croie assuré, car je lui trouve un air... plus faux, plus perfide et plus fat; cet air des sots de ce pays, triomphant avant le succès! Ne peux-tu être aussi perfide que lui? l’amadouer, le bercer d’espoir? quoi qu’il demande, ne pas le refuser?...

SUZANNE

C’est beaucoup !

FIGARO

Tout est bien, et tout marche au but, si j’en suis promptement instruit.

SUZANNE

... Et si j’en instruis ma maîtresse?

FIGARO

Il n’est pas temps encore : ils sont tous subjugués par lui. On ne te croirait pas : tu nous per-

drais sans les sauver. Suis-le partout, comme son ombre... et moi, je l’épie au dehors...

SUZANNE

Mon ami, je t’ai dit qu’il se défie de moi ; et s’il nous surprenait ensemble... Le voilà qui descend... Ferme!... ayons l’air de quereller bien fort.

[Elle pose le bouquet sur la table.')

FIGARO, clevant la voix.

Moi, je ne le veux pas. Que je t’y prenne une autre fois!...

SUZANNE, élevant la voix.

Certes!... oui, je te crains beaucoup!

FIGARO, feignant de lui donner un soufflet.

Ah! tu me crains... Tiens, insolente!

SUZANNE, feignant de Vavoir reçu.

Des coups à moi... chez ma maîtresse !

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