LA MÈRE COUPABLE, ACTE I, SCÈNE VIII
LE COMTE
Qu’elle assure donc ma vengeance! Je dénaturerai mes biens, et les lui ferai tous passer. Déjà trois millions d’or, arrivés de la Yera-Cruz, vont lui servir de dot; et c’est à loi que je les donne. Aide-moi seulement à jeter sur ce don un voile impénétrable. En acceptant mon portefeuille, et te présentant comme époux, suppose un héritage, un legs de quelque parent éloigné.
BÉGEARSS, montrant le crêpe de son bras.
Voyez que, pour vous obéir, je me suis déjà mis en deuil.
LE COMTE
Quand j’aurai l’agrément du roi pour l’échange entamé de toutes mes terres d’Espagne contre des biens dans ce pays, je trouverai moyen de vous en assurer la possession à tous deux.
BÉGEARSS, vivement.
Et moi, je n’en veux point. Croyez-vous que, sur des soupçons... peut-être encore très-peu fondés, j’irai me rendre le complice de la spoliation entière de l’héritier de votre nom, d’un jeune homme plein de mérite? car il faut avouer qu’il en a...
LE COMTE, impatienté.
Plus que mon fils, voulez-vous dire? Chacun le pense comme vous; cela m’irrite contre lui...
BÉGEARSS
Si votre pupille m’accepte, et si, sur vos grands biens, vous prélevez, pour la doter, ces trois millions d’or du Mexique, je ne supporte point l’idée d’en devenir propriétaire, et ne les recevrai qu’autant que le contrat en contiendra la donation que mon amour sera censé lui faire.
LE COMTE le serre dans ses bras.
Loyal et franc ami, quel époux je donne à ma fille!...