Catalogue d’autographes du 16 février 1859, p. 11, n
3. M. de Loménie Ta trouvé dans les papiers de la famille, et en a donné un extrait (t. II, p. 196). Il est daté du 10 avril 1 785. La lettre que nous citons est du 15*
"VIE DE BEAUMARCHAIS
lait qu'il eut aidé à faire des républicains ! ces sages à figure austère, que Franklin représentait si gravement chez nous, le bernaient comme un écolier ; et qui pis est, pour le récompenser d’avoir eu l’enthousiaste ingénuité de se jeter dans la commandite de leur
révolution, le ruinaient comme un actionnaire !
L’affaire de leur indépendance, la seule où il fût allé d’élan, où il eut mis du cœur plus que de l’esprit, n’était pour lui qu’un guêpier de déceptions. Il ne s’en tira pas ; il mourut à la peine. Sa famille seule en eut quelque chose, mais quand ? trente-six ans plus tard !
Après une déclaration loyale et formelle du duc de Richelieu en 1816, basee sur la note officielle de M. Gérard en 1778, et ne permettant plus de douter que le million de juin 1776 « n’avait rien de commun avec les fournitures faites par Beaumarchais aux htats-Unis ; » après un voyage à Philadelphie fait en 1824 par la fille de Beaumarchais, Delarue et son fils qui purent y rallier à leur cause l’opinion des plus éminents légistes de 1 Amérique- puis, après onze nouvelles années encore d’attente et de démarches, tant il était impossible d’arracher au Congrès un vote qui le dégageât de son inqualifiable ingratitude ; en 1 835 enfin, une somme de huit cent mille francs fut obtenue. Ce n est guere, lorsqu on se reporte au compte déjà trop réduit de M. Hamilton, trente-deux ans auparavant ; mais il fallait prendre ou laisser. On accepta. Qu’aurait pensé Beaumarchais de ce résultat, lui qui s’était, nous l'avons vu, tant révolté contre « les cotes mal taillées ? » Jamais peut etre, dans aucune affaire, il ne s’en était trouvé une qui le fût aussi mal.
Il ne faudrait pas croire que Beaumarchais se soit laisse, meme une heure, absorber complètement par cette entreprise, toute colossale qu’elle semble, et qu liait attendu qu elle fût un peu démêlée pour en risquer d’autres. Ce ne serait pas le connaître. « Deux, trois, quatre bien embrouillées qui se croisent, », dit Figaro des intrigues qu il mene. Beaumarchais en aurait pu dire autant des affaires qu’il brassait, sans compter les intrigues aussi, qui le rapprochent si bien de son personnage, qu’elles le font presque toujours confondre avec lui. « De l’argent, de l’intrigue, te voilà dans ta sphere, » dit Suzanne a Figaro des la première scène du Mariage. C’est toute la vie de leur patron, avec ses deux grands ressorts.
P Au plus fort de ses négociations, de ses marchés avec les Etats-Unis, vingt choses les plus diverses l’occupaient, sans qu’une seule empiétât ni déteignit sur 1 autre. avait au milieu de ses affaires, qui n’étaient, comme ses pièces, qu’une sene d imbroglios, la merveilleuse faculté d’oublier à propos et de reprendre juste à point. C est ce qu il appelai ,
suivant Gudin1, fermer et rouvrir le tiroir.
En 1780, lorsqu’il n’eut plus de procès, il s’était remis dans sa charge de lieute général à la capitainerie du Louvre2, mais pour n’en faire que le moindre de ses soucis. 1 fêtait aussi réintégré parmi les secrétaires du roi, mais pour n’y pas rester longtemps. En 1782 il cédait sa place au neveu de Morande, Theveneau de Francy, que nous connaissons déjà « son Francy, » comme il l’appelait, car ce fut le plus actif, le plus fldele et par suite le plus aimé de sel agents, surtout, comme nous l’avons vu, dans les affaires d Amérique. 1 ne garda pour lui-même que l’honneur d’avoir eu cette charge, etla noblesse qu elle eonferaû, choses assez illusoires, à la fin du régime qu’il vit tomber et qu il poussa, ^ais qm devinrent périlleuses sous celui qui venait, et qu il n avait que trop ai e a venir. a . .. ,
fit une arme pour le frapper comme ci-devant noble : « I s n ont pas manque, ,
14 juin 1794, de me ranger dans cette classe proscrite, maigre toutes mes P^testation sous prétexte que j’ai eu autrefois une ridicule charge de secrétaire du roi que j ai passée mon Francy, il y a plus de douze ans3. »