SCÈNE XIII
la COMTESSE, le COMTE ; LÉON, caché.
LE COMTE, sèchement.
Madame, on dit que vous me demandez?
LA COMTESSE, timidement.
J’ai cru, monsieur, que nous serions plus libres dans ce cabinet que chez vous.
M’y voilà, madame, parlez.
LA COMTESSE, tremblante.
Asseyons-nous, monsieur, je vous conjure, et prêtez-moi votre attention.
LE COMTE, impatient.
Non, j’entendrai debout; vous savez qu’en parlant je ne saurais tenir en place.
LA COMTESSE s’asseyant, avec un soupir , et parlant bas.
Il s’agit de mon fils... monsieur.
LE COMTE, brusquement.
De votre fils, madame?
LA COMTESSE
Et quel autre intérêt pourrait vaincre ma répugnance à engager un entretien que vous ne recherchez jamais? Mais je viens de le voir dans un état à faire compassion : l’esprit troublé, le cœur serré de l’ordre que vous lui donnez de partir sur-lechamp, surtout du ton de dureté qui accompagne cet exil. Eh ! comment a-t-il encouru la disgrâce d’un p..., d’un homme si juste? Depuis qu’un exécrable duel nous a ravi notre autre fils...
LE COMTE, les mains sur le visage, avec un air de douleur.
Ah!...
LA COMTESSE
Celui-ci, qui jamais ne dut connaître le chagrin, a redoublé de soins et d’attentions pour adoucir l’amertume des nôtres.
LE COMTE, se promenant doucement.
Ah!...
LA COMTESSE
Le caractère emporté de son frère, son désordre, ses goûts et sa conduite déréglée nous en donnaient souvent de bien cruels. Le ciel sévère, mais sage en ses décrets, en nous privant de cet enfant, nous en a peut-être épargné de plus cuisants pour l’avenir.
le COMTE, avec douleur.