‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 417 sur 803 · ACTE Y, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE Y, SCÈNE VII

FIGARO, l’air exalté.

Et moi j’éprouve qu’un bon repentir est comme toute bonne action: qu’il porte aussi sa récompense.

BÉGEARSS

En quoi?

J’ai le bonheur de m’assurer qu’il est ici plus d’un généreux homme. Oh! que le ciel comble les vœux de deux amis aussi parfaits! Nous n’avons nul besoin d’écrire. (An comte.) Ce sont vos effets au porteur ; oui, monsieur, je les reconnais. Entre M. Bégearss et vous, c’est un combat de générosité : l’un donne ses biens à l’époux; l’autre les rend à sa future! (Aux jeunes gens.) Monsieur, mademoiselle! Ah! quel bienfaisant protecteur, et que vous allez le chérir!... Mais que dis-je? l’enthousiasme m’aurait-il fait commettre une indiscrétion offensante?

(Tout le monde garde le silence.) BÉGEARSS, un peu surpris , se remet , prend son parti, et dit :

Elle ne peut l’être pour personne, si mon ami ne la désavoue pas; s’il met mon âme à l’aise, en me permettant d’avouer que je tiens de lui ces effets. Celui-là n’a pas un bon cœur, que la gratitude fatigue; et cet aveu manquait à ma satisfaction. (Montrant le comte.) Je lui dois bonheur et fortune; et quand je les partage avec sa digne fille, je ne fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le portefeuille; je ne veux avoir que l’honneur de le mettre à ses pieds moi-même, en signant notre heureux contrat.

(Il veut le reprendre.) FIGARO, sautant de joie.

Messieurs, vous l’avez entendu; vous témoignerez s’il le faut. Mon maître, voilà vos effets; donnez-les à leur détenteur, si votre cœur l’en juge digne.

(Il lui remet Je portefeuille.)

LE COMTE, se levant , à Bégearss.

Grand Dieu! les lui donner! Homme cruel, sortez de ma maison ; l’enfer n’est pas aussi profond que vous ! Grâce à ce bon vieux serviteur, mon imprudence est réparée : sortez à l’instant de chez moi.

BÉGEARSS

O mon ami, vous êtes encore trompé!

LE COMTE, hors de lui , le bride de sa lettre ouverte.

Et cette lettre, monstre, m'abuse-t-elle aussi? BÉGEARSS la voit; furieux, il arrache an comte la lettre, et se montre tel qu'il est.

Ah! je suis joué; mais j’en aurai raison.

LÉON

Laissez en paix une famille que vous avez remplie d’horreur.

BÉGEARSS, furieux.

Jeune insensé! c’est toi qui vas payer pour tous; je t’appelle au combat.

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