‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 421 sur 803 · DE L’OPERA · texte numérisé non relu

DE L’OPERA

désire, et sans laquelle il n’est point de charme au spectacle.

De même qu’un auteur français dit à son traducteur :

« Monsieur, êtes-vous d’Italie? traduisez-moi cette œuvre en italien, mais n’y mettez rien d’étranger; » poète d’un opéra, je dirais à mon partenaire : « Ami, vous êtes musicien : traduisez ce poëme en musique ; mais n’allez pas, comme Pindare, vous égarer dans vos images, et chanter Castor et Pollux sur le triomphe d’un athlète, car ce n’est pas d’eux qu’il s’agit. »

Et si mon musicien possède un vrai talent, s’il réfléchit avant d’écrire, il sentira que son devoir, que son succès consiste à rendre mes pensées dans une langue seulement plus harmonieuse; à leur donner une expression plus forte, et non à faire une œuvre à part. L’inm prudent qui veut briller seul n’est qu’un phosphore, un feu follet. Cherche-t-il à vivre sans moi, il ne fait plus que végéter : un orgueil si mal entendu tue son existence et la mienne; il meurt au dernier coup d’archet, et nous précipite à grand bruit, du théâtre au fond de l’Érèbe.

Je ne puis assez le redire, et je prie qu’on y réfléchisse: trop de musique dans la musique est le défaut de nos grands opéras.

Voilà pourquoi tout y languit. Sitôt que l’acteur chante, la scène se repose (je dis s’il chante pour chanter) ; et partout où la scène se repose, l’intérêt est anéanti. Mais, direzrvous, si faut-il bien qu’il chante, puisqu il n a pas d’autre idiome! — Oui, mais tâchez que je l’oublie. L’art du compositeur serait d’y parvenir. Qu’il chante le sujet comme on le versifie, uniquement pour le parer; que j’y trouve un charme de plus, non un sujet de distraction.

« Moi, qui toujours ai chéri la musique, sans mcon- « stance et même sans infidélité, souvent, aux pièces qui « m’attachent le plus, je me surprends à pousser de l’é- « paule, à dire tout bas avec humeur : Va donc, musique!

« Pourquoi tant répéter? N’es-tu pas assez lente? Au « lieu de narrer vivement, tu rabâches ; au lieu de peindre « la passion, tu t’accroches oiseusement aux mots 1 ! » Qu’arrive-t-il de tout cela? Pendant qu avare de paroles, le poète s’évertue à serrer son style, à bien concentrer sa pensée ; si le musicien, au rebours, délaye, allonge les syllabes, et les noie dans des fredons, leur ôte la force ou le sens ; l’un tire à droite, l’autre à gauche ; on ne sait plus auquel entendre : le triste bâillement me saisit, l’ennui me chasse de la salle.

Que demandons-nous au théâtre? qu’il nous procure du plaisir. La réunion de tous les arts charmants devrait certes nous en offrir un des plus vifs à l’Opéra. N est-ce pas de leur union même que ce spectacle a pris son nom ? Leur déplacement, leur abus en a fait un séjour d’ennui.

Essayons d’y ramener le plaisir, en les rétablissant dans l’ordre naturel, et sans priver ce grand théâtre d’aucun des avantages qu’il offre ; c’est une belle tâche a remplir. Aux efforts qu’on a faits depuis Iphigénie, Alceste, et le chevalier Gluck, pour améliorer ce spectacle, ajoutons quelques observations sur le poëme et son amalgame. Posons une saine doctrine, joignons un exemple au précepte, et tâchons d’entraîner les suffrages par l’heureux concours de tous deux.

Souvenons-nous d’abord qu’un opéra n’est point une tragédie, qu’il n’est point une comédie; qu'il participe de chacune, et peut embrasser tous les genres.

Je ne prendrai donc point un sujet qui soit absolument tragique : le ton deviendrait si sévère, que les^ fêtes y tombant des nues en détruiraient tout l’intérêt. Eloignons-nous également d’une intrigue purement comique,

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