TARARE, PROLOGUE, SCÈNE I
Qui sait même si, dans le temple des Muses, des lettres et du goût, au centre de la politesse, un orateur bien éloquent, regardant de travers Tarare , ne trouvera pas un moyen ingénieux d’écraser l’auteur et l’ouvrage, à ne s’en jamais relever ; comme il est arrivé au centenaire Figaro , qui, depuis un tel anathème, n’a eu que des jours malheureux, une vieillesse languissante?
Tous ces moyens de nuire sont bons, efficaces, usités. La haine affamée s’en nourrit; la malignité les réclame, notre urbanité les tolère; l’auteur en rit ou s’en afflige, la pièce chemine ou s’arrête ; et tout rentre à la fin dans l’ordre accoutumé- de l’oubli : c’est là le dernier des malheurs.
Puisse le goût public et l’acharnement de la haine nous en préserver quelque temps ! Puissent les bons esprits de la littérature adopter mes principes, et faire mieux que moi! Mes amis savent bien si j’en serai jaloux, ou si j’irai les embrasser. Oui, je le ferai de grand cœur : heureux, ô mes contemporains, d’avoir, au champ de vos plaisirs, pu tracer un léger sillon que d’autres vont fertiliser !
A travers les injures que cet ouvrage m'a values, j'ai reçu quelques vers qui me consoleraient, si j’étais affligé. Entre autres, l’apologue qui suit est si vrai, si
philosophique et si juste, que je n’ai pu m’empêcher de lui donner place en ce lieu.