‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 43 sur 803 · Moniteur du 23 et du 25 mars · texte numérisé non relu

Moniteur du 23 et du 25 mars

5. Moniteur du 12 septembre 1791. Y. aussi une lettre de Beaumarchais à Bossange du 27 vendémiaire an VII, dans le Bulletin du bouquiniste du 15 janvier 1862, p. 35-36.

xlvl VIE DE BEAUMARCHAIS.

Il semblait qu’il fallait désormais du bruit partout où il passait, et que ce bruit ne se fit plus qu’à ses dépens. Il en avait conscience. C’est même à cause de ce tapage, quil ui devenait impossible d’éviter, qui, à force d’avoir été sollicité par lui arrivait maintenant sans qu’il le voulût, et chaque fois pour le violenter dans un silence dont il sentait enfin le nrix qu’il dut se donner sa dernière devise : un tambour avec ces mots :Silet msi perçusses (i\ se tait s’il n’est frappé) ‘. Né du scandale, parvenu du bruit, la fin de sa vie se

cassait à en paver les frais. , , „ . ,

L’entreprise dont nous voulons à présent parler était celle de la Compagnie des eaux, créée par les frères Périer, et pour laquelle la première machine à vapeur, « la première pompe à feu, » fut mise en mouvement à Paris : Ici, disait un distique qui courut alors ,

Ici vois par un sort nouveau

Le feu devenu porteur d’eau.

Beaumarchais fut des premiers dans l’affaire, « car il se trouve partout, » criaient les Nouvelles à la main \ 11 y mit un zèle étonnant et presque enthousiaste, ce qui lui lit dire un jour par son ami l’avocat Target, trop au fait de ses entreprises, pour ne pas savoir qu’elles étaient loin d’avoir toutes été aussi sérieuses, ni — soit dit sans jeu de mo aussi claires : « Je ne suis pas surpris de votre admiration pour cette affaire des eaux ; c’est votre baptême ». » Beaumarchais rit de la plaisanterie, mais en se pinçant un peu les lèvres à cause de la vérité. Quand après d'énormes dépenses tout fut prêt, c’est lui qui se chargea du prospectus 4. Il y fit merveille, et l’entreprise ainsi lancee ne s arrêta plus. < e n’alla même que trop loin. Ses actions en montant toujours gênèrent le jeu d une foule d’autres, notamment certaine affaire d’emprunt négociée pour le ministre Galonné par les banquiers Clavières etPanchaud, qui jurèrent d’enrayer coûte que coûte le succès des Pener de Beaumarchais et de leurs eaux. Mirabeau, qui par hasard se trouvait en liberté et, ce qui lui était plus ordinaire, sans argent, fut leur homme. De sa plumelamieux taillee parce qu elle était la mieux payée, il écrivit sous la rubrique de Londres quarante-trois pages de pamphlet sur les actions de la Compagnie des eaux de Paris, qui mirent tout en vive rumeur chez les Périer. Mais Beaumarchais était là. C’est vous dire que la riposte ne se fit pas attendre. Aux quarante-trois pages du comte de Mirabeau, il en répondit cinquante-huit autres on les lira dans les Œuvres - du raisonnement le plus sérieux, le plus net, le plus serre, et qui n’eussent pas permis de réplique si vers la fin, par une dermere pointe, 1 homme

d’esprit n’eut perdu le raisonneur. . ,

Après n’avoir d’abord, sans se trahir un instant, parlé que pour « la raison sociale, » après n’avoir fait, sur le ton le plus posé, que de la polémique d’interet, de la logique de commandite, il ne put résister à l’envie de lâcher à la péroraison certaines personnalités, qui devaient infailliblement, de la part surtout du rude jouteur qu’il avait pour adversaire , lui en attirer de terribles, par un choc en retour. Il eut d’ironiques gémissements sur 1 emploi qu’unhomme éloquent-car, disait-il deM. deMirabeau, cet écrivain 1 est beaucoupavait fait là de son éloquence ; une impardonnable commisération pour « cette plume eneisique, soumise à des intérêts de parti qui ne sont pas même les siens ; » puis, arrivant à ^personnalité directe et sans voile, il se mit à équivoquer sur les noms de certaines satires et sur leur origine: «Peut-être, ajouta-t-il, quelque mauvais plaisant coiffera-t-il un j celle-ci dujolinomde mirabelle, venant du comte de Mirabeau, qui ma a i la feci . c plus gai que méchant. Beaumarchais dénouait le masque; Mirabeau , lui, l arrac a.

1. Jouy est, je crois, le seul qui, dans son Hermite de la Chaussée d'Amin, t. IY, p. 160, ait parlé de cette devise de Beaumarchais.

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