‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 542 sur 803 · Voyez l’arrêté de compte à la fin de ce mémoire · texte numérisé non relu

Voyez l’arrêté de compte à la fin de ce mémoire

d’admirer la sagacité, la vue de lynx de mon adversaire, qui découvre dans la première quittance de vingt mille livres un double emploi, une erreur insidieuse, une donation obscure, un bienfait détourné, un dol, une lésion, une fraude énormissime, etc.? Car tout cela est entré dans ses plaidoyers : et pourquoi ce train? parce que mon billet au porteur, sur lequel ces vingt mille francs m’avaient été prêtés, ayant été égaré par M. Duverney, dans la crainte qu’il n’ait été volé et qu’on ne vienne me le représenter un jour à payer une seconde fois; après ces mots : « Je reconnais et re- « cois ma quittance du 27 août 1761 , de la somme « de vingt mille francs, » M. Duverney ajoute i ceux-ci : « que je lui avais remis sur son billet au « porteur, en date du 19 août précédent, et qu’il « m’a rendus sans en avoir fait usage, lequel billet « au porteur s’est égaré dans mes papiers alors,

« sans que je sache ce qu’il est devenu; mais que « je m’engage de lui rendre, ou indemnité, en cas « de présentation au payement : » ce qui est de toute justice.

Où donc est le double emploi, je vous prie? Quand un débiteur compte avec un créancier auquel il a fait des payements partiels en divers temps, comment solde-t-il? N’est-ce pas en argent ou quittances?

Et puisque je fournis en acquittement à M. Duverney, sur le total de ma dette de cent trente-neuf mille livres, sa quittance de vingt mille livres, qui prouve que je les lui ai bien payées, n’est-il pas juste qu’il la reçoive à compte?

Et n’est-il pas juste aussi que mon billet au porteur, c’est-à-dire mon billet à monsieur... (en blanc), qui est le titre du prêt de vingt mille francs, me soit remis avec tous les autres reçus , billets, contrats, etc.?

Et si celui qui doit me rendre ce billet m’annonce qu’il ne le pourra, parce qu’il l’a égaré, n’est-il pas juste encore que ce billet, balancé par une quittance de pareille somme, soit spécifié dans l’arrêté par sa forme au porteur, sa date du 19 août 1761, et sa somme de vingt mille francs ?

Si quelqu’un avait pris ce billet àM. Duverney; si vous l’aviez retrouvé vous-même dans les papiers de votre bienfaiteur; enfin, si on venait un jour me le présenter au payement; comment prouverais-je, sans cet énoncé exact, que ce billet est le même qui a été détruit et annulé par l’acte, comme étant acquitté?

« M. de Beaumarchais me doit au total cent « trente-neuf mille livres: sur quoi je reconnais et « reçois ma quittance de vingt mille livres, etc. » Voilà le texte. Voyons donc si nous avons autant déraisonné, M. Duverney et moi, que son légataire universel, plus grand clerc que nous deux, voudrait le faire entendre; et prenons pour exemple ce prétendu double emploi de vingt mille livres, qu’il a retourné de tant de façons dans ses écrits.

Voici comment nous procédions. Chaque fois que

MÉMOIRES

M. Duverney me remettait une somme, ou pour ses affaires ou pour les miennes, il la couchait sur son bordereau, et moi sur le mien, soit qu’il en retirât un reçu ou non, comme cela se pratique.

A l’instant de faire notre compte général, M. Duverney me dit : Commençons par distinguerl’argent que vous avez touché pour mes affaires, de celui que je vous ai prêté pour les vôtres. A mesure qu’il nommait les sommes, je présentais les pièces justificatives de l’emploi des fonds pour lui, ou je passais la somme en mon débet.

De cette façon de procéder s’est formé le premier article de l’acte, étranger à moi, comme on l’a vu; et le troisième article, qui renferme la masse de tout ce qu’il m’a prêté, tant par contrats , que sans reçus , avec reçus ou billets , montant à cent trenteneuf mille francs, comme on l’a vu aussi.

Dire maintenant, avec une déraison bien piquante par le ridicule, que le billet de vingt mille francs dont il s’agit n’est pas compris dans les mots reçus ou billets qui complètent les cent trenteneuf' mille livres, c’est non-seulement nier l’évidence, c’est aller contre la lettre expresse de l’acte ; mais c’est regarder M. Duverney comme un imbécile, qui, dans trois quittances qu’il reçoit en délibération, ne se serait pas aperçu que la première de vingt mille francs portait sur une somme non comprise dans les cent trente-neuf mille livres.

La clarté du texte brûle ici les yeux : tous les mots transitoires en sont sacramentels. M. de Beaumarchais « me doit cent trente-neuf mille francs; (( sur quoi je reconnais et reçois ma quittance de <( vingt mille francs ; plus , celle de dix-huit mille « francs \plus, celle de neuf mille cinq cents livres. » Le mot sur quoi n’annonce-t-il pas évidemment que c’est sur les cent trente-neuf mille francs qu’on va imputer les trois quittances suivantes ? et les mots plus et plus ne prouvent-ils pas, sans réplique, que la première quittance est absolument de même nature que les deux autres ? D’où il est plus clair que le jour que la quittance de vingt mille francs, plus ancienne en date, est là comme premier objet de libération sur les cent trente-neuf mille livres ; et l’énoncé de mon billet au porteur spécifié par sa somme, sa formule et sa date , comme simple précaution contre l’avenir, parce que ce billet est égaré.

Il est donc évident que les vingt mille francs qui sont entrés, par le prêt qu’on m’en a fait, dans mon passif de cent trente-neuf mille livres, repassent dans mon actif par cette quittance; et c’est si bien l’esprit de l’acte en entier, que la même forme y est partout observée :

Témoin les soixante-quinze mille livres passées d’abord à mon actif, article vi, comme étant avancées par moi dans l’affaire des bois de Touraine, et rentrées dans celui de M. Duverney, article ix1,

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par la cession qu’il me fait de tout l’intérêt des bois ;

Témoin les huit mille francs d’intérêts de ces soixante-quinze mille livres, passés à mon actif dans cet article ix, par la promesse que M. Duverney me fait de me les payer, et rentrés dans le sien, par le refus que je fais de ces huit mille francs à l’article xvi 1 .

On perd patience à expliquer des choses si lumineuses : les commenter, c’est les affaiblir; les disputer, c’est nier l’évidence ; c’est oublier que l’homme qui a reconnu, daté et signé ce compte, est M. Duverney, l’un des plus éclairés citoyens du siècle.

Je ne dois pas omettre ici que les deux quittances de dix-huit mille livres et de neuf mille cinq cents livres qui suivent celle de vingt mille livres n’ont jamais été contestées (avant l’arrêt); et qu’ainsice qu’on en a dit depuis ne signifie rien pour ou contre la cassation de cet arrêt.

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