‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 700 sur 803 · CHANSON FAITE SUR UNE TRÈS-BELLE FEMME NOMMÉE MADAME DE MONREGARD · texte numérisé non relu

CHANSON FAITE SUR UNE TRÈS-BELLE FEMME NOMMÉE MADAME DE MONREGARD

I Sur l’air : Aht sans vous , sans vous, ma Lisette , etc.

Les femmes vantent ma figure,

On dit mes traits intéressants ;

| Mon air, ma taille, ma stature,

Ont aussi mille partisans.

Mon esprit, ma voix, mon sourire, Obtiennent leur éloge à part;

Mais ce que surtout on admire,

C’est la beauté de mon regard.

Vous, philosophe atrabilaire,

Pour qui rien ne se peint en beau ;

Vous, à qui la nature entière Ne semble qu’un vaste tombeau,

Je vous plains de ne voir en elle Que les jeux d’un triste hasard.

Qu’elle est pour moi touchante et, belle 1 Mais vous n’avez pas mon regard.

Nôs champs reprennent leur parure:

Quel spectacle délicieux !

Quand je regarde la Nature,

Mon âme est toute dans mes yeux.

A ces jeux dont elle est ravie,

Mes autres sens ont peu de part;

Les plus doux plaisirs de ma vie,

Ah ! je les dois à mon regard.

Du goût, du toucher le prestige S’annonce en me faisant la loi;

Une odeur m’atteint et m’afflige ;

Le bruit me frappe malgré moi ;

Sur mes sens chaque objet, chaque être Commande, agit sans nul égard ;

Mais du monde entier je suis maître Quand je jouis de mon regard.

Je pourrais braver l’infortune,

L’envie et ses efforts puissants;

Je me verrais sans plainte aucune Privé de quatre de mes sens :

Tant de maux de cet hémisphère Ne hâteraient point mon départ ;

Mais que faire, hélas! sur la terre,

Si j’avais perdu mon regard ?

MÉLANGES, VERS ET CHANSONS

SÉGUEDILLE.

Sur un air espagnol.

Je veux ici mettre au grand jour Le train dont l’Amour Tracasse la vie ;

C’est comme une cavalerie

Dont l’ordre et la marche varie :

Quand la tête trotte, trotte, trotte, bientôt La queue est au galop.

D’une mantille, deux beaux yeux Ont lancé des feux Sur une victime :

Le cœur s’embrase, l’on s’anime;

Mais n’oubliez pas la maxime :

Quand la tête trotte, etc., etc.

L’on va, Convient, matin et soir On voudrait se voir ;

On donne parole :

Tout en empêche, on se désole;

L’un est furieux, l’autre est folle :

Quand la tête trotte, etc., etc.

Enfin on goûte au rendez-vous Les biens les plus doux,

Mais on se dépêche :

L’un est épuisé, l’autre est fraîche ;

Car au Prado, sur l’herbe sèche ,

Quand l’amoureux trotte, trotte, trotte, bientôt La belle est au galop.

On peut tirer un sens moral Du chant trivial D’une séguedille ;

Retenez ma leçon gentille :

Trop souvent auprès d’une fille Quand la tête trotte, trotte, trotte, bientôt La bourse est au galop.

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