CHANSON FAITE SUR UNE TRÈS-BELLE FEMME NOMMÉE MADAME DE MONREGARD
I Sur l’air : Aht sans vous , sans vous, ma Lisette , etc.
Les femmes vantent ma figure,
On dit mes traits intéressants ;
| Mon air, ma taille, ma stature,
Ont aussi mille partisans.
Mon esprit, ma voix, mon sourire, Obtiennent leur éloge à part;
Mais ce que surtout on admire,
C’est la beauté de mon regard.
Vous, philosophe atrabilaire,
Pour qui rien ne se peint en beau ;
Vous, à qui la nature entière Ne semble qu’un vaste tombeau,
Je vous plains de ne voir en elle Que les jeux d’un triste hasard.
Qu’elle est pour moi touchante et, belle 1 Mais vous n’avez pas mon regard.
Nôs champs reprennent leur parure:
Quel spectacle délicieux !
Quand je regarde la Nature,
Mon âme est toute dans mes yeux.
A ces jeux dont elle est ravie,
Mes autres sens ont peu de part;
Les plus doux plaisirs de ma vie,
Ah ! je les dois à mon regard.
Du goût, du toucher le prestige S’annonce en me faisant la loi;
Une odeur m’atteint et m’afflige ;
Le bruit me frappe malgré moi ;
Sur mes sens chaque objet, chaque être Commande, agit sans nul égard ;
Mais du monde entier je suis maître Quand je jouis de mon regard.
Je pourrais braver l’infortune,
L’envie et ses efforts puissants;
Je me verrais sans plainte aucune Privé de quatre de mes sens :
Tant de maux de cet hémisphère Ne hâteraient point mon départ ;
Mais que faire, hélas! sur la terre,
Si j’avais perdu mon regard ?
MÉLANGES, VERS ET CHANSONS
SÉGUEDILLE.
Sur un air espagnol.
Je veux ici mettre au grand jour Le train dont l’Amour Tracasse la vie ;
C’est comme une cavalerie
Dont l’ordre et la marche varie :
Quand la tête trotte, trotte, trotte, bientôt La queue est au galop.
D’une mantille, deux beaux yeux Ont lancé des feux Sur une victime :
Le cœur s’embrase, l’on s’anime;
Mais n’oubliez pas la maxime :
Quand la tête trotte, etc., etc.
L’on va, Convient, matin et soir On voudrait se voir ;
On donne parole :
Tout en empêche, on se désole;
L’un est furieux, l’autre est folle :
Quand la tête trotte, etc., etc.
Enfin on goûte au rendez-vous Les biens les plus doux,
Mais on se dépêche :
L’un est épuisé, l’autre est fraîche ;
Car au Prado, sur l’herbe sèche ,
Quand l’amoureux trotte, trotte, trotte, bientôt La belle est au galop.
On peut tirer un sens moral Du chant trivial D’une séguedille ;
Retenez ma leçon gentille :
Trop souvent auprès d’une fille Quand la tête trotte, trotte, trotte, bientôt La bourse est au galop.