GILLES, CASSANDRE, ISABELLE
GILLES
Monsieur Cassandre, v’ià votre fille qui revient rouge comme une cocodrille
ISABELLE
Et moi siz’on ne me donne pas mon amoureux, j’irai m’enterrer dans les bras d’un cloître, jusqu’au dernier moment de ma mort, car v’I-à comme je suis.
CASSANDRE lève la canne.
Qu’eu d’emportement, fille dénaturée !
ISABELLE pleure.
On n’a qu’un pauvre petit z’amant pour tout plaisir, et z’on vous l’ôte! c’est z’un père cruel qui vous l’ôte! ah ! ciel !
CASSANDRE
Et sans doute qui vous l’ôte- Ne voudra-t-elle pas bientôt que je lui métamorphose tousses joujous en z’amants?ça conviendrait bien à z’un père noble ! On a bien raison de dire que l’oisiveté est la mère ou la tante de tout vice, je ne sais pas ben lequel. Parce que mamselle est une grande fainéante qui ne sait pas s’occuper toute seule, et qui ne saurait faire œuvre de ses dix doigts, il lui faut toujours un z’amant pendu à sa ceinture comme un hochet; et remue toi, grande lâche, tricotte, fais comme ta mère : couds, couds; c’était ça z’une femme.
ISABELLE
C’est bien aisé à dire : couds, couds, mais toujours faire ces choses-là toute seule, ça z’ennuieà la fin
CASSANDRE
Je ne sais sur quelle étoile elle a marché z’aujourd’hui , pourquoi n’êtes-vous pas dans ste foire?...
ISABELLE
J’ai la migraine.
Z’à vendre votre rainette?
ISABELLE
Je ne peux pas t’aller vendre des pommes crues, quand j’ai la tête en pomme cuite