SCÈNE VIII
GILLES, JEAN BÊTE, en médecin ; CASSANDRE,
ISABELLE, ARLEQUIN, en apothicaire , portant une
seringue à la main.
GILLES, avec un doigt entouré d’une grosse poupée.
Ah! monsieur le médecin, z’on vous attend z’avec une impatience superbe !
JEAN BÊTE
Qu’avez-vous, mon ami?
GILLES chante.
Air : Ariette de Mon pauvre cœur dans le Peintre amoureux.
J’ai bien du mal z’à t’un endroit.
JEAN BÊTE
Voyons.
GILLES
J’en souffre au bout du doigt.
Quand ça m’travaye,
Aye, aye, aye, aye,
J’vous pousse des cris!
JEAN BÊTE
Bon, c’est z’un panaris.
Ensemble.
GILLES. JEAN BÊTE
J’vous pousse des cris ! Z’un panaris,
Que chacun en est surpris. Z’un panaris.
GILLES
C’est z’une enflure Qui z’esl dure Z’outre mesure.
JEAN BÊTE
C’est là sa nature.
Ensemble.
GILLES. JEAN BÊTE
Ce que j’en souffre, et que Quand on veut l’panser,
Ferait renier [j’endure, Il faut le fourrer Dieu z’à un trépassé. Dans un lieu chaud et serré.
GILLES
Dame, quand ça renfle,
C’est sans exemple,
J’vous pousse des cris 1
JEAN BÊTE
Mais c’est z’un panaris.
Ensemble.
GILLES. JEAN BÊTE
J’vous pousse des cris ! Z’un panaris,
Que chacun z’en est surpris. Z’un panaris.
Monsieur Piston, ceci vous regarde.
ARLEQUIN
Manquez-vous d’argent, mon ami?
GILLES
C’est par où je brille, est-ce que vous savez guérir aussi de c’te maladie-là, monsieur Piston?
ARLEQUIN
Si j’en avais le secret dans ce temps-ci, je serais trop z’affairé z’auprès des plus grands seigneurs, pour pouvoir songer à vous, mon ami ; mais c’est que nous avons deux façons de traiter un mal, nous l’allongeons à ceux qui payent et le raccourcissons à messieurs les gratis.
GILLES
Eh ben, là, traitez-moi sans façon, comme ces derniers: je n’ai pas le moyen d’être malade, en vérité.
ARLEQUIN
Ça va t’être fait dans un moment.
[Il met la seringue contre sa joue , comme pour voir si le lavement est à son point.)