LE CHOEUR
C’est ben gracieux, etc.
GILLES, riant.
Ah! ah! ah! ah! v’ià ben l’pus bon, le dernier! c’est le couplet de l’auteur. Ah ben ! tenez, monsieur Jean Bête, je vous conseille c’te fois-ci d’être constipé pendant pus de quinze jours, car vous pourriez ben rencontrer dans l’p’tit endroit que vous venez de dire tout ce que vous nous avez fait z’étudier z’aujourd’hui.
ARLEQUIN donne un coup de pied au cul de Gilles et se remet gravement.
Tu peux être sûr que toutes les fois que tu parleras, c’est pour ton cul, mon pied : je te le garde.
GILLES, en colère , se frottant la fesse.
Ah ! c’est trop fort z’à la fin ! Est-ce que tu ne sais pas qu’on ne touche là qu’avec le nez? Lâche que tu z’es, tu n’oserais te mesurer avec moi à z’armes égales.
ARLEQUIN
Je n'oserais, dis-tu?
GILLES
Quitte donc cette seringue, puisque tu vois que je n’ai pas de pot de chambre pour te répondre.
ARLEQUIN jette sa seringue.
Tu vas voir si j’ai besoin d’elle pour te manger le blanc du cul jusqu’à la prunelle. (Il ôte sa robe.) Reconnais-moi donc, je suis l’ours.
GILLES, effrayé.
Ah!
JEAN BÊTE 6 te sa robe de médecin.
Et moi le Turc.
TOUT LE MONDE, surpris.
Ah!
LE CHEVALIER armé de toutes pièces , de Vinlermède espagnol , entre et dit :
Et moi le diable, car il faut qu’il se fourre partout.
(Tout le monde crie et s’enfuit.)
Il reste seul au milieu du théâtre en silence ; il est garni sur ses armes df artifice de table de la tête aux pieds, avec des estoupilles qui se communiquent. Deux personnages , habillés comme dans la scène des ombres de l’intermède , arrivent , tenant dans chaque main une gerbe allumée ; ils tournent et mettent le feu à deux gerbes que tient de même le chevalier armé, avec lesquelles il allume le reste de son artifice. Pendant ce temps , l’orchestre, avec cors de chasse en pleine trompe et un ballet, joue la marche du roi de Prusse comme dans les fêtes publiques. ARLEQUIN, en ours,entre à cheval sur les épaules de Gilles , qui court comme un homme qui fuit , et s’arrête enfin devant les spectateurs.
Messieurs, si notre spectacle vous a paru froid, au moins serez-vous forcés de convenir qu’il a fini chaudement.