‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 108 sur 172 · COLIBRI · texte numérisé non relu

COLIBRI

Aiii : Garde à vous! (de la Fiancée).

Mes amis,

J'ai soumis L'enfer à ma puissance.

De son obéissance J'ai pour gage certain

Un lutin, {bis.) Sous forme d'oiseau-mouche A mon chevet il couche.

Lutin doux et chéri, Baisez-moi , Colibri ,

Colibri ! {ter.)

S'éveillant,

Babillant, Au jour qui naît et brille , Son petit corps scintille D emeraude et d'azur

Et d'or pur.

Fleur qui cherche sa tige, Le voilà qui voltige :

L'aurore en a souri.

Baisez-moi , Coliln-i ,

Colibri !

Je le vois,

A ma voix, Voler vers qui m'implore.

Ses ailes font éclore Richesse, honneurs, amours

Et beaux jours.

Quelque soif qui m'embrase, Il peut remplir le vase Que ma bouche a tari.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri !

Je puis voir

Son pouvoir Franchir l'espace et l'onde; Du Pérou , de Golconde M'apporter, dans nos ports,

Les trésors.

Mais, non; point d'opulence, Quand un peuple en silence Souffre et meurt sans abri.

Baisez-moi, Colibri,

Colil)ri !

Je puis voir

Son pouvoir Me donner des couronnes ; Des palais à colonnes.

Des gardes et l'amour

D'une cour.

DK BKRANGER. 263

Mais, non; j'en sais l'iiistoire Le monde à tant de gloire, De douleur pousse un cri.

Baisez-moi, Colibri, Colibri !

Demandons ,

Pour seuls dons, Simple toit, portes closes; Des chants, du vin, des roses, Et la paix d'un reclus.

Rien de plus, {bis.) Mon paradis s'arrange.

Dieux! et l'oiseau se change

En piquante houri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri ! (ter.)

EMILE DEBRAUX .

CHA^SOX-PROSPECTIS POVK LES (HÎIVÎIF.S DE CE CHANSONNIEH.

Air : Dis-moi , soldat, f 'en .souviens-tu ?

Le pauvre Emile a passé comme une ombre, Ombre joyeuse et clière aux bons vivants. Ses gais refrains vous égalent en nombre , Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents. Debraux, dix ans, régna sur la goguette, Mit l'orgue en train et les chœurs des faubourgs, Et roulant, roi, de guinguette en guinguette, Du pauvre peuple il chanta les amours.

Toujours enfant, gai jusqu'à faire envie, En étourdi vers le plaisir poussé; Pouffant de rire à voir couler sa vie Comme le vin d'un tonneau défoncé ; Sifflant le sot sous les croix qu'il découvre, Ou sur son char le grand mal affermi ; Sans s'informer par où l'on monte au Louvre, Du pauvre peuple il est resté l'ami.

Mais, dites-vous, il avait donc des rentes? Eli! non, messieurs; il logeait au grenier.

J)K REKANGER.

Le temps, au hruit des fêles enivrantes, Râpait, râpait l'habit du chansonnier.

Venait l'hiver : le bois manquait à Fàtre ; La vitre, au nord, étincelait de lleurs; Il grelottait, mais sa muse folâtre.

Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

De Tœil des rois on a com[)té les larmes ; Les yeux du peuple en ont trop pour cela : La France alors pleurait l'éclat des armes Et les grandeurs dont le cours l'ébranla. Ta voix, Emile, évoquant notre histoire, Du cabaret ennoblit les échos ; C'était l'asile où se cachait la gloire : Le pauvre peuple aime tant les héros!

Bien jeune, hélas! il descend dans la fosse. Je l'ai conduit où vieux j'irai demain. Chantant au loin , des buveurs à voix fausse Aux noirs pensers m'arrachaient en chemin. C'étaient ses chants que disait leur ivresse, Chants que leurs fils sauront bien rajeunir. De son passage est-il un roi qui laisse Au pauvre peuple un si doux souvenir?

De sa famille allégez l'indigence; Riches et grands, achetez ce recueil.

A tant d'esprit passez la négligence :

.\h! du talent le besoin est Técueil.

Ne soyez point ingrats })Oiir nos musettes: Songez aux maux que nous adoucissons.

Pour s'en tenir au lot que vous lui faites, Le pauvre peuple a besoin de chansons.

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