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:î22 chansons
Charle avait dit : a Que juillet qui s'écoule )) Venge mon trône en l)utte aux niveleurs. » Victoire aux lis! » Soudain Paris en foule S'arme et répond : Victoire aux trois couleurs!
Pour parler haut, pour nous trouver timides, Par quels exploits fascinez- vous nos yeux? N'imitez pas Thomme des Pyramides :
Dans son linceul tiendraient tous vos aïeux.
Quoi! d'une Charte on nous a fait l'aumône. Et sous le joug vous voulez nous courber ! Nous savons tous comment s'écroule un trône. Dieu juste! encore un roi qui veut tomber.
Car une voix qui vient d'en haut, sans doute, Au fond du cœur nous crie : Égalité!
L'égalité? c'est peut-être une route Qu'aux malheureux ferme la royauté.
Marchons! marchons! A nous l'Hôtel-de- Ville! A nous les quais! à nous le Louvre! à nous! Entrés vainqueurs dans le royal asile, Sur le vieux trône ils se sont assis tous.
Qu'un peuple est grand qui, pauvre, gai, modeslo. Seul maître, après tant de sang et d'elîbrts, Chasse en riant des princes qu'il déteste. Et de l'état garde à jeun les trésors!
I)K HERANGER. :52:}
Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont j)ures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux! De nos Trois- Jours ornez les sépultures. Comme les rois le peuple a ses tombeaux.
Des artisans, des soldats de la Loire, Des écoliers s'essayant au canon, Sont tombés là, vous léguant leur victoire; Sans penser même à nous dire leur nom.
A ces héros la France doit un temple.
Leur gloire au loin inspire un saint effroi. Les rois que trouble un aussi grand exemple, Tout bas ont dit : Qu'est-ce aujourd'hui qu'un roi?
Voit-on venir le drapeau tricolore?
Répètent-ils, de souvenirs remplis. Et sur leur front ce drapeau semble encore Jeter d'en haut les ombres de ses plis.
En paix voguant de royaume en royaume, A Sainte-Hélène en sa course il atteint. Napoléon, gigantesque fantôme, Paraît debout sur ce volcan éteint.
A son tombeau la main de Dieu l'enlève. (( Je t'attendais, mon drapeau glorieux. )) Salut ! » Il dit , brise et jette son glaive Dans l'Océan, et se perd dans les cieux.
Dernier conseil de son génie austère!
Du glaive en lui finit la royauté.
Le conquérant des sceptres de la terre, Pour successeur choisit la Liberté.
Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux! De nos Trois-Jours ornez les sépultures. Comme les rois le peuple a ses tombeaux.
Des corrupteurs la faction titrée, Déserte en vain cet humble monument ; En vain compare à l'émeute enivrée, De nos vengeurs le noble dévouement.
Enfants, en rêve, on dit qu'avec les anges Vous échangez, la nuit, les plus doux mots. De l'avenir prédisez les louanges.
Pour consoler ces âmes de héros.
Dites-leur : Dieu veille sur votre ouvrage. Par nos erreurs ne vous laissez troubler. Du coup qu'ici frappa votre courage, La terre encore a longtemps à trembler.
Mais dans nos murs fondrait l'Europe entière, Qu'au prompt départ de vingt peuples rivaux , La liberté naîtrait de la poussière Qu'emporteraient les pieds de leurs chevaux.
Partout luira l'égalité féconde.
Les vieilles lois errent sur des débris.
Le monde ancien finit; d'un nouveau monde
La France est reine, et son Louvre est Paris.
A vous, enfants, ce fruit des Trois- Journées. Ceux qui sont là vous frayaient le chemin. Le sang français, des grandes destinées Trace en tout temps la route au genre humain.
Des fleurs , en fants , vous dont les mains sont pures ; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux! De nos Trois-Jours ornez les sépultures. Comme les rois le peuple a ses tombeaux.
Air du Tailleur et la Fée, ou d'Agélhie.
Pour rajeunir les fleurs de mon trophée,
Naguère encor, tendre, docte ou railleur.
J'allais chanter, quand m' apparut la fée
Qui me berça chez le bon vieux tailleur.
« L'hiver, dit-elle, a soufflé sur ta tête :
)) Cherche un abri pour tes soirs longs et froids.
» Vingt ans de lutte ont épuisé ta voix, » Qui n'a chanté qu'au bruit de la tempête. »» Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
(( Ces jours sont loin, poursuit-elle, où ton ame
» Comme un clavier modulait tous les airs;
» Où la gaîté, vive et rapide flamme,
» Au ciel obscur prodiguait ses éclairs.
)) Plus rétréci l'horizon devient sombre.
» Des gais amis le long rire a cessé.
» Combien là-bas déjà t'ont devancé!
» Lisette même, hélas! n'est plus qu'une ombre.
Adieu, chansons! mon front chauve est ridé.
L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
(( Bénis ton sort. Par toi la poésie
)) A d'un grand peuple ému les derniers rangs.
)) Le chant qui vole à l'oreille saisie,
» Souffla tes vers , même aux plus ignorants.
» Vos orateurs parlent à qui sait lire;
» Toi, conspirant tout haut contre les rois,
» Tu marias, pour ameuter les voix,
)) Des airs de vielle aux accents de la lyre. »
Adieu, chansons! mon front chauve est ridé.
L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
« Tes traits aigus, lancés au trône même, » En retombant aussitôt ramassés, » De près, de loin, par le peuple qui t'aime. » Volaient en chœur jusqu'au but relancés.
DE DERANGER. 327
» Puis quand ce trône ose brandir son foudre, » De vieux fusils l'abattent en trois jours. » Pour tous les coups tirés dans son velours, » Conibieu ta muse a fabricjué de poudre! » Adieu, chansons! mou front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
(( Ta part est belle à ces grandes journées, » Où du butin tu détournas les yeux.
» Leur souvenir, couronnant tes années, » Te suffira, si tu sais être vieux.
» Aux jeunes gens racontes-en Thistoire; » Guide leur nef; instruis-les de l'écueil ; » Et de la France, un jour, font-ils l'orgueil, )) Va réchaufTer ta vieillesse à leur gloire. » Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
JMa bonne fée, au seuil du pauvre barde. Oui, vous sonnez la retraite à propos.
Pour compagnon , bientôt dans ma mansarde , J'aurai l'oubli, père et fils du repos. Mais à ma mort, témoins de notre lutte. De vieux Français se diront, l'œil mouillé : Au ciel , un soir, cette étoile a brillé ; Dieu l'éteignit longtemps avant sa chute. Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.