II
:5:5,s PREFACK
une dissertation qu'il trouve excellente, et dans laquelle il prouve que les flonflons, les fariradondé , les tourelouribo , et tant d'autres refrains qui ont eu le privilège de charmer nos pères, dérivent du grec et de l'hébreu. Quoique je sois ignorant comme un chansonnier, j'aime beaucoup les traits d'érudition. Enchanté de cette dissertation, je me préparais à en faire mon profit, ou plutôt celui du libraire, lorsqu'un autre de mes amis, car j'ai beaucoup d'amis (c'est ce qu'il est bon de consigner ici , attendu que les journaux pourront faire croire le contraire"); lorsque, dis-je, un de mes amis, homme de plaisir et de bon sens, m'apporta d'un air empressé un chiffon de papier trouvé dans le fond d'un vieux secrétaire.
« C'est de l'écriture de Collé! x me dit-il du plus loin qu'il m'aperçut. « J'ai confronté ce fragment )' avec le manuscrit des Mémoires du premier de » nos chansonniers, et je vous en garantis l'authen- » ticité. Vous verrez en le lisant pourquoi il n'a pas » trouvé place dans ces Mémoires, qui ne contien- » nent pas toujours des choses aussi raisonnables. »
.le ne me le fis pas dire deux fois; et je lus avec la plus grande attention ce morceau, dont le fond des idées me séduisit tellement, que d'abord je ne m'aperçus pas que le style pouvait faire douter un peu que Collé en fut l'autour.
I)K I.AUTEIIU. 33'.)
Malgré toutes les observations de mon ami le savant, qui tenait à ce que j'adoptasse sa dissertation, je 6s sur-le-champ le projet de me servir, pour ma préface, de ce legs que le hasard me procurait dans l'héritage d'un homme qui n'a laissé que des collatéraux.
Ceux qui trouveront ce petit dialogue indigne de Collé pourront s'en prendre à l'ami qui me Ta fourni, et qui m'a assuré devoir en déposer le manuscrit chez un notaire, pour le soumettre à la confrontation des incrédules. Ces précautions prises, je le transcris ici en toute sûreté de conscience.