AVRIL
Air : Muse des bois et des accords champêtres.
Un mal cuisant déchire ma poitrine,
Ma faible voix s'éteint dans les douleurs;
Et tout renaît, et bientôt l'aubépine
Verra l'abeille accourir à ses fleurs.
Dieu d'un sourire a béni la nature;
Dans leur splendeur les cieux vont éclater.
Reviens, ma voix, faible, mais douce et pure
Il est cncor de beaux jours à chanter.
Mon Esculape * a renversé mon verre , Plus de gaîtél mon front se rembrunit; Mais vient l'Amour et le mois qu'il préfère : Déjà l'oiseau butine pour son nid.
' Le célèbre docteur Dubois , à qui l'auteur de ces chansons ne peut témoigner trop de reconnaissance, et en (jui les qualités du cœur égalent lu science et l'étonnante habileté.
62 CHAASOÎSS
Des voluptés le torrent va s'épaiulre
Sur l'univers qui semblait végéter.
Reviens, ma voix, faible, mais toujours tendre
Il est encor des plaisirs à chanter.
Pour mon pays que de chansons encore!
D'un lâche oubli vengeons les trois couleurs: De nouveaux noms la France se décore; A l'aigle éteint nous redevons des pleurs. Que de périls la tribune orageuse Otîre aux vertus qui l'osent affronter 1 Reviens, ma voix, faible, mais courageuse : Il est encor des gloires à chanter.
Puis j entrevois la liberté bannie;
Elle revient : despotes, à genoux!
Pour l'étoufler en vain la tyrannie
Fait signe au Nord de déborder sur nous.
L'ours effrayé regagne sa tanière,
Loin du soleil qu'il voulait disputer.
Reviens, ma voix, faible, mais libre et hère :
II est encor un triomphe à chanter.
Que dis-je? hélas! oui, la terre s'éveille, Belle et parée, au souille du printemps. Mais dans nos cœurs le courage sommeille ; Chargé de fers, chacun se dit : J'attends! La Grèce expire, et l'Europe est tremblante; Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter. Reviens, ma voix, faible, mais consolante : Il est encor des martvrs à chantei".
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I)K nKUA>(lKH. 03
LA COURONNE DE BLllETS.
A MADAMK ***.
Aiu : J'ai vu partout dans mes roijarjcs.
Du ciel j'arrive, et mon voyage
Nous épargne à tous bien des pleurs.
Beauté folâtre autant que sage,
Ne jouez plus avec des fleurs.
Sachez qu'hier, la panse ronde
Et l'œil obscurci par Bacchus,
Jupin a cru dans notre monde 1 , .
VoH' une couronne de plus. )
A la colère il s'abandonne :
<( L'abus, dit-il, devient trop fort.
Encore un front que l'on couronne Quand le faiseur de rois est mort * I Sur ce front lançons mon tonnerre; Du faible enfin vengeons les droits.
Je veux voir un jour sur la terre Les rois sujets, les sujets rois. »
Dans son conseil alors j'arrive (Où les rimeurs n'entrent-ils pas?);
Napolt'on .
En joue il vous met sans qui-vive !
Mais je l'aborde chapeau bas :
« Jupin, de ton arrêt j'appelle; Ta balance et tes poids sont faux :
Ta cour de justice éternelle A-t-elle eu ses gardes des sceaux?
» Braque tes lunettes, vieux sire, Sur le front couronné par nous ; De la candeur c'est le sourire, De la bonté c'est l'œil si doux.
Lorsque les carreaux de son foudre Chez nos sourds passent pour muets, Jupin ne mettrait-il en poudre Qu'une couronne de bluets? »
(( Oh! oh! dit-il, qu'allais-je faire?
Ailleurs frappons; mon foudre est chaud. >' — <( Frappe , mais sur notre hémisplière Vise donc plus bas ou plus haut. »
Heureux d'avoir su vous défendre, J'accours des célestes donjons.
Quant à Jupin, je viens d'apprendre ) Qu'il a foudroyé deux pigeons. )
I)K HKHAXIKR. 65
L'ÉPÉE DE DAMOCLES,
Ain : A sdi.rtnitc tins, efc.
De Damoclès Tépée est bien connue;
En songe, à tal)le, il m'a semblé la voir.
Sous cette épée et menaçante et nue
Denys l'ancien me forçait à m'asseoir. (bis.)
Je m'écriais : Que mon destin s'achève,
La coupe en main, au doux bruit des concerts ! (bis.)
0 vieux Denys! je me ris de ton glaive*,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers, {bis.)
Servez, disais-je à messieurs de la bouche; Versez, versez, messieurs du gobelet.
Malheur d'autrui n'est point ce qui te touche, Denys; sur moi fais donc vite un couplet. Ton Apollon à nos larmes fait trêve; Il nous égaie au sein d'affreux revers. 0 vieux Denys! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
* Denys l'ancien, tyran de Syracuse, était, comme on sait, un métromane déterminé; il envoyait en prison ceux qui ne trouvaient pas ses vers bons. Nous avons eu aussi en France des rois qui se mêlaient d'écrire et de faire des vers. Quant à l'histoire du festin de Damoclès, elle est trop connue pour qu'il soit besoin de la rapporter ici.
Cette chanson appartient au règne de Louis X'VUI , qui, de même que Denys, avait la manie d'écrire et a fait beaucoup de petits vers. II. 9
66 CHAÏVSOÎSS
Piiisqii'à rimer sans remords tu tamiises, De la patrie écoute un peu la voix :
Elle est, crois-moi, la première des Cluses; Mais rarement elle inspire les rois.
Du frôle aibuste où bout sa noble sève, La moindre fleur parfume au loin les airs. 0 vieux Denys! je me ris de ton glaive, .le bois, je chante, et je siffle tes vers.
Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire. Quand ses lauriers, de ta foudre encor cliauds, Vont à prix d'or te cacher à l'histoire. Ou balayer la fange des cachots.
Mais, à ton nom, Clio, qui se soulève, Sur ton cercueil viendra peser nos fers. 0 vieux Denys! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Que du mépris la haine au moins me sauve!
Dit ce bon roi, qui rompt un fil léger.
Le fer pesant tombe sur mon front chauve;
J'entends ces mots : Denys sait se vengei'. {bis.)
Me voilà mort; et, poursuivant mon rêve,
La coupe en main, je répète aux enfers : (bis.)
0 vieux Denys! je me ris de ton glaive,
Je bois, je chante, et je siffle tes vers, (bis.)
Dl<: BKRANGKR.