‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 40 sur 172 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Ain : Pis-moi, soldat, dis-moi, t'en soiiviensfu .

Près du rouet de sa tille chérie Le vieux sergent se distrait de ses maux, Et, d'une main (pie la balle a meurt lie. Berce en riant deux petits-fils jumeaux.

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Assis tranquille au seuil du toit cliampétre,

Son seul refuge après tant de combats,

Il dit parfois : o: Ce n'est pas tout de naître;

» Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

Mais qu'entend-il? le tambour qui résonne :

Il voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne;

Le vieux coursier a senti Taiguillon.

Hélas! soudain, tristement il s'écrie :

« C'est un drapeau que je ne connais pas.

» Ah! si jamais vous vengez la patrie,

» Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

» Qui nous rendra, dit cet homme héroïque, » Aux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus, » Ces paysans, fils de la République, » Sur la frontière à sa voix accourus? )) Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, )) Tous à la gloire allaient du môme pas. » Le Rhin lui seul peut retremper nos armes. » Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

)) De quel éclat brillaient dans la bataille

» Ces habits bleus par la Victoire usés !

» La Liberté mêlait à la mitraille

» Des fers rompus et des sceptres brisés.

» Les nations, reines par nos conquêtes,

)) Ceignaient de fleurs le front de nos soldats.

» Heureux celui qui mourut dans ces fêtes!

» Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

Tant de vertu trop tôt fut obscurcie.

Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs ;

Par la cartouche encor toute noircie

Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

La Liberté déserte avec ses armes;

D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras;

A notre gloire on mesure nos larmes.

Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

Sa fille alors, interrompant sa plainte,

Tout en filant lui chante à demi-voix

Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte.

Ont en sursaut réveillé tous les rois.

(( Peuple, à ton tour que ces chants te réveillent

» Il en est temps ! » dit-il aussi tout bas.

Puis il répète à ses fils qui sommeillent :

u Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

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