LE VOYAGE IMAGINAIRE
AïK : Muse des bois et des accords champèlrcs.
L'Automne accourt, et sur son aile humide 3I'apporte encor de nouvelles douleurs.
Toujours souffrant, toujours pauvre et timide, De ma gaîté je vois pâlir les fleurs.
DK BKRANGER. 125
Arrachez-moi des lancées de Lutèco; Sous un beau ciel mes yeux devaient s'ouvrir. Tout jeune aussi, je rêvais à la Grèce; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
En vain faut-il qu'on me traduise Homère, Oui, je fus Grec; Pythagore a raison.
Sous Périclès j'eus Athènes pour mère; ,Ie visitai Socrate en sa prison.
De Phidias j'encensai les merveilles ; De rilissus j'ai vu les bords fleurir.
J'ai sur l'Hymète éveillé les abeilles; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Dieux! qu'un seul jour, éblouissant ma vue, Ce beau soleil me réchauffe le cœur!
La Liberté, que de loin je salue, Me crie : Accours, Thrasybule est vainqueur. Partons! partons! la barque est préparée. Mer, en ton sein garde-moi de périr.
Laisse ma IMuse aborder au Pirée ; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Il est bien doux le ciel de l'Italie, Mais l'esclavage en obscurcit l'azur.
Vogue plus loin, nocher, je t'en supplie; Vogue où là-bas renaît un jour si pur. Quels sont ces flots? quel est ce roc sauvage? Quel sol brillant à mes yeux vient s'oflrir? La tyrannie expire sur la plage ; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Daignez au port accueillir un barbare, Vierges d'Atiiène; encouragez ma voix. Pour vos climats je quitte un ciel avare Où le génie est l'esclave des rois.
Sauvez ma lyre, elle est persécutée; Et, si mes chants pouvaient vous attendrir, Mêlez ma cendre aux cendres de Tyrtée : Sous ce beau ciel je suis venu mourir.