ANAXAGORE
Anaxagore, l'un des plus illustres philosophes de an.m.35o4. l'antiquité', naquit à Clazomène , dans l'Ionie, environ ^"^ ^-^^ ^°°' la 70*" olympiade, et fut disciple d' Anaximène. La noblesse de son extraction , ses richesses , et la générosité qui le porta à abandonner son patrimoine , le rendirent fort considérable. Regardant les soins d'une famille et d'un héritage comme des obstacles au goût qu'il se
•i «Thaïes qui sapientissiimis In- nere , deorum oninia esse plena, fore ter septem fuit, diceLat, homines enim omties castiores. » (Cic. de existimare oportere deos oinnia cer- Leg. lib. 2 , n. 26.)
366 histoirl: ancienne.
sentait pour la contemplation % il y renonça absolument, afin de donner tout son temps et toute son application à l'étude de la sagesse et à la recherche de la vérité , qui faisaient son unique plaisir. Quand , de retour dans sa patrie après un long voyage^, il eut vu toutes ses terres abandonnées et incultes , loin d'en piato, iii regretter la perte : J'étais perdu, s'écr'm-t-'û^ si tout cela "'1^- '"''J- îi avait péri. Socrate, employant à son ordinaire Tiro-
paf
nie, montre que les sophistes de son temps avaient plus de sagesse qu'Anaxagore , puisqu'au lieu d'abandonner comme lui leur patrimoine, ils travaillaient ardemment à s'enrichir, désabusés qu'ils étaient de la sottise du vieux temps , et persuadés que le sage doit être sage pour lui-même , c'est-à-dire qu'il doit appliquer ses soins et son industrie à amasser le plus d'argent qu'il lui sera possible.
Anaxagore, pour se donner tout entier à l'étude, renonça aux honneurs et aux soins du gouvernement. Personne cependant n'était plus en état d'y réussir que lui. On peut juger de son habileté en ce genre par les progrès merveilleux qu'il fit faire danS la politique à Mut. in Pc- Périclès, son élève. Il lui inspira ces manières graves ri< . p ij . ^^ majestueuses qui le rendirent si capable de gouverner la république. Il le prépara à cette éloquence sublime et victorieuse qui le rendit si puissant. Il lui
' " Quid aut Homero ad délecta- (Cic. Tiisc. Qitœsc. lib. 5, n. 114 et
tioiiem animi ac voliiptatein, aut 11 5.)
ciiiquani docto defuisse unquàm ai- ^ «Quum e diutina peregrinatione
bitramur? An, ni ita se res haberet, patriain rcpetissct , possessionesque
Anaxagoras, aut hic ipse Democritus, désertas vidisset : non essem , inqui J -
ai^ros et patrinionia sua reliquissent , ego sai.vus, nisi ist^ rERiissENT. »
huic discen<li quarendiqne divinae (Val. Max. lib. 8 , cap. 7.) delectationi toto se animo dédissent .•'
apprit à craindre les dieux sans superstition. En un
mot, il était son conseil, et l'aidait de ses avis dans
les affaires les plus importantes, comme Périclès lui- ibid. p. ida.
même lui en rend témoignage. J'ai marqué ailleurs le
peu de soin que celui-ci prit de son maître , jusque-là
qu' Anaxagore , manquant du nécessaire, résolut de se
laisser mourir de faim. Sur cette nouvelle, Périclès
étant accouru à son logis, et le pressant vivement de
renoncer à cette funeste résolution : Quand on veut
faire usage d'une lampe, reprit le philosophe, on a
soin d'y verser de l'huile et de Ventretenir.
Absorbé dans l'étude des secrets de la nature, qui Diog. Lacn était sa passion, il avait renoncé également et aux richesses et aux affaires publiques. Un jour qu'on lui demanda s'il ne se souciait donc point en aucune sorte de son pays : Oul^ dit -il en levant la main vers les cieux , fai un soin extrême de ma patrie. Une autre fois on lui demanda pourquoi il était né; il répondit : Pour contempler le soleil, la lune et le ciel. Est-ce donc là la destination de l'homme?
Il était venu à Athènes, à 1 âge de vingt ans , vers \\nà. la première année de la 7 5' olympiade, à peu près av.j^c^^sI dans le temps de l'expédition de Xerxès contre la Grèce. Il y a des auteurs qui disent qu'il y transporta l'école philosophique qui avait fleuri dans l'Ionie depuis son fondateur Thaïes. Il demeiu\a à Athènes, et y enseigna pendant trente ans.
On rapporte diversement les circonstances et l'issue du procès cfimpiété qui lui fut suscité dans Athènes. Le sentiment de ceux qui croient que Périclès ne trouva point de moyen plus sur de sauver ce philosophe que de le faire sortir d'Athènes, paraît le plus vraisemblable.
Le sujet ou plutôt le prétexte d'une accusation si grave, fut ce qu'il enseignait sur la nature du soleil , qu'il définissait ime masse de matière enflammée; comme si par là il eût dégradé le soleil , et l'eût retranché du nombre des dieux. On a de la peine à comprendre que dans une ville aussi savante qu'Athènes un philosophe n'ait pu expliquer par des raisons de physique les propriétés des astres sans courir risque de la vie. INlais toute cette affaire était une intrigue et une cabale de gens ennemis de Périclès, qui voulaient le perdre, et qui tentèrent de le rendre lui-même suspect d'impiété, à cause de la grande liaison qu'il avait avec ce philosophe.
Anaxagore fut jugé par contumace, et condamné à mort. Quand il en apprit la nouvelle, il dit, sans faire paraître d'émotion : Il y a long-temps que la nature a prononce contre mes juges , aussi-bien que centime moi^ un arrêt de mort. Il passa le reste de sa vie à Lampsaque. Dans une maladie , qui fut pour lui la dernière , ses amis lui demandant s'il voulait qu'après sa mort on le fît porter à Clazomène sa patrie : Cela n'est pas nécessaire %leur dit-il, /e chemin aux enfers"^ n est pas plus long d'un lieu que d'un autre. Les principaux de la ville l'étant allés visiter pour recevoir. ses derniers ordres et pour savoir ce qu'il désirait d'eux après sa mort, il répondit qu'il ne souhaitait autre chose sinon que le jour anniversaire de sa mort fût un congé pour les jeunes gens. Cela fiit exécuté, et la coutume en durait encore du temps de Diogène Laërce. On dit qu'il
' «]\'ihil necesse est, inquit : un- ^ Les anciens entendaient^par ce
dique enim ad inferos tantùmdem mot le lieu où les auaes de tous les \iîe est.» (Cie. TuscA. i, n. 104.) hommes se rendaient après leur mort.
SCIEi^iCES ET ARTS. 3Gt)
vécut soixante et deux ans. On lui rendit de grands honneurs, jusqu'à lui ériger un autel.
ARCHÉLAUS.
Archélaûs , d'Athènes selon quelques - uns , de Milet selon d'autres, fut disciple et successeur d'Anaxagore, dans la doctrine duquel il fit peu de changements. Quelques-uns ont dit que ce fut lui qui transporta la philosophie d'Ionie à Athènes. Il s'attacha principalement à la physique, comme ses prédécesseurs : mais il se mêla aussi de la morale un peu plus qu'ils n'avaient fait. Il forma un disciple qui la mit bien en honneur, et en fît son* étude capitale.