JUSTIN
On croit que c'est à Tite Antonin que Justin a adressé son abrégé de l'histoire de Trogus Pompéius : mais on n'en peut rien assurer , y ayant plusieurs em-
percurs du nom d'Antonin. Trogus Pompéius est mis entre les illustres écrivains du temps d'Auguste. On le place entre les historiens du premier mérite , avec Tite- Live , Salluste et Tacite. Son ouvrage était d'une étendue immense , et comprenait en quarante-quatre livres toute l'histoire grecque et romaine jusqu'au temps d'Auguste. Justin en a fait l'ahrégé en autant de livres; en quoi il nous a rendu un mauvais service, s'il est vrai que cet abrégé soit la cause de la perte de l'original. On peut juger combien le style de Trogue était pur et élégant , par la liarangue de Mithridate à ses troupes, que Justin a insérée tout entière dans son trente-huitième livre. Elle est fort longue , mais indirecte ; car Justin nous foit remarquer que Trogue n'approuvait pas que Tite-Live et Salluste eussent fait entrer dans leurs histoires des harangues directes. C'est à la fin de cette harangue que Mithridate , après avoir représenté à ses soldats qu'il les conduit, non plus dans les solitudes affreuses de la Scythie , mais dans le pays de l'univers le plus fertile et le plus opulent, ajoute : a Que l'Asie les attend avec impatience , et « semble les appeler à haute voix et leur tendre les « bras ; tant la rapacité des proconsuls , les violences « des gens d'affaires , les mauvaises chicanes qu'on leur « suscite dans les tribunaux , leur ont inspiré de haine « et d'aversion pour les Romains. » Tantumque se avida exspeclat Asia , ut etiam vocibus vocet : adeo illis odium Roiminoruin inciissit vapacitas proconsuluni , seclio puhlicanonun , calumniœ litium. Le style de Justin est net, intelligible, agréable : on y rencontre de temps en temps de belles pensées, de solides réflexions, et des descriptions fort vives. A l'exception d'un petit