‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 84 sur 138 · LYS I AS · texte numérisé non relu

LYS I AS

Lysias était originaire de Syracuse , mais né à Athè- Dionys. Hanes. A l'âge de quinze ans il passa à Tliurium en Italie, "^' '" ^''^' avec deux de ses frères , dans la nouvelle colonie qui allait s'y établir. Il y demeura jusqu'à la déroute des Athéniens devant Syracuse ; et il retourna pour-lors à Athènes, âgé de quarante-huit ans.

Il s'y distingua par un mérite particulier, et il a toujours été regardé comme un des plus excellents orateurs grecs , mais dans le genre d'éloquence simple et tranquille *. La clarté , la pureté , la douceur , la délicatesse du style, faisaient son caractère propre. C'était, dit Cicéron ^ , un écrivain d'une précision et d'une élégance extrême , et déjà Athènes pouvait presque se vanter d'avoir un orateur parfait. Quintilien en donne la même idée. Lysias, dit-il, a le style élégant et léger ^.

' C'est .une imputation calom- '- Des sept discours que les an-

nieuse qu'Andoci<le repousse victo- ciens ont cités de lui, il n'en reste

rieuseiuent dans son discours de que quatre. — L. iiiyslcriis, où il prouve qu'il a seu- ^ « Fuit Lysias.... egregiè subtilis

lement engagé son père à ne point atque elegans , quem jam propè au-

prendre la fuite lorsqu'il fut déuon- deas oratorem perfectum dicere. »

ce, et à poursuivre son accusateur (Cic. in Brut. n. 35.) Speusippe. — L. 4 « Lysias subtilis atque elegans,

S'il suffit à l'orateur d'instruire, il n'en est point qu'on puisse mettre au-dessus de lui. On ne voit rien d'inutile, rien d'affecté dans son discours. Son style est néanmoins plus semblable à un ruisseau clair et pur qu'à un grand fleuve.

Si Lysias se renferma pour l'ordinaire dans cette simplicité , et , comme Cicéron ^ l'appelle , cette maigreur de style, ce n'est pas qu'il fut absolument incapable de force et de grandeur; car, selon le même Cicéron , on trouve dans ses harangues des endroits très-forts et très-nerveux. Il en usait ^ ainsi par choix et par jugement. Il ne plaidait point lui-même de causes dans le barreau , mais il composait des plaidoyers pour les autres; et pour entrer dans leur caractère, il était souvent obligé d'employer un style simple et peu relevé, sans quoi il eût perdu cette grâce de la naïveté qui est admirable en lui , et il eût trahi lui-même son secret. Il fallait donc que ses discours , qu'il ne prononçait pas lui-même , eussent un air négligé , ce qui est un grand art et un des grands secrets de la composition. On éludait ainsi la loi qui ordonnait aux accusés de plaider eux-mêmes leur cause sans employer le ministère des avocats.

et quo nihîl , si oratori satis sit tenue atque rarum laetloribus nu-

docere , quœras perfectius. Tvibil meris corruinpendum non eraî. Per-

enlm est inaue, nihil accersitam : diJisset enim gratiam, qna- in eo

puro tainen fonti quùm raagno flu- maxima est , simplicis atque inaffec-

mini propior. » (Quint, lib. lo, tati coloris: perdidisset lidem quo-

cap. I.) que. Nam scribebat aliis, non ipse

' «In Lysia sunt saepè etiam la- dicebat : ut oportuerit esse illa ru-

certi, sic ut nihll lieri possit valen- dibus et inconipositis siniilia , quod

tius : vemin est certè génère toto ipsura conipositio est. >> ( Quiktit,.

strigosior. » (Cic. in Brut. n. 64.) l»b. 9, cap. 4-)

^ « Mud in Lysia dicendi îcxtum

SCIENCES ET ARTS. '2.5j

Quand Socrate fut appelé devant les juges pour Lib. i , de rendre compte de ses sentiments sur la religion, Lysias "^' °' ^ '' lui apporta un plaidoyer qu'il avait composé avec beaucoup de soin , et où sans doute il avait fait entrer tout ce qui était capable de toucher les juges. Socrate, après l'avoir lu, dit qu'il le trouvait fort beau % fort oratoire , mais peu convenable au caractère de force et de courage qu'un philosophe devait montrer.

Denys d'Halicarnasse peint fort au long, et avec beaucoup de goût et de jugement, le caractère du style de Lysias , et en marque en détail tous les traits , mais toujours dans le genre d'éloquence simple et naturelle dont j'ai parlé. Il rapporte même quelques morceaux d'une de ses harangues pour mieux faire connaître son style ^.

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