‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 23 sur 61 · Tome XXIF. Ilist. Rom. I n · texte numérisé non relu

Tome XXIF. Ilist. Rom. I n

cette délicieuse contrée , une cour nombreuse de rois qui l'adoraient servilement, et de reines qui s'empressaient de lui plaire ; en un mot , tous les attraits des voluptés et des grandeurs réunis ensemble enivrèrent sa raison, et le replongèrent dans les débauches, que les affaires et les périls avaient suspendues. Il se livra plus que jamais aux plaisirs de la table, et à des compagnies bien peu séantes pour un homme qui tenait un si haut rang. Toujours on le voyait environné de musiciens , de danseurs , de gens de théâtre et de toute cette espèce d'hommes qui se font une étude d'énerver et de corrompre les mœurs. L'Asie lui en fournissait de plus habiles encore dans cet art pernicieux que ceux qui l'avaient suivi d'Italie. Ils s'emparèrent de son esprit; ils gouvernaient sa cour. Avides autant que dissipateurs, ils profitaient de sa prodigalité pour engloutir des sommes immenses, que l'on tirait des peuples

strabo, 1.14. par les plus rigoureuses vexations. Un joueur de flûte, nommé Anaxénor, fut chargé de la perception des tributs de quatre villes, ayant sous lui des soldats pour iMut. exécuter ses ordres. Un cuisinier, ayant réussi au goût d'Antoine dans un repas, reçut pour récompense la maison et les biens d'un riche citoyen de Magnésie.

„ ,. . De là il arrivait qu'en môme temps l'Asie retentis-

Rejouissan- 1 i

ces d'une sait du bruit et de l'appareil des fêtes les plus pom-

part, et gé- ' ' ^ ni

inissemeuts peuscs et Ics plus galautcs d une part , et de 1 autre de

de l'autre ea , . , i t vi r* '

Asie. gémissements et de sanglots. J^orsqu il fat son entrée ' dans Ephèse , les femmes s'habillèrent en bacchantes , les hommes et les enfants en satyres et en faunes , et tous allèrent en cet équipage au-devant de lui. La ville était remplie de festons de lierre, de thyrses , et de con- (;erts de voix et d'instruments qui chantaient ses lou-

HISTOIRE ROMAINE. 'iSg

anges, et qui l'appelaient un noia>eau Bacchiis, bienfaisant et gracieux. Il se montrait effectivement tel à l'égard de quelques-uns; mais la plupart l'éprouvaient dur, cruel et farouche. 11 otait les biens à des personnages distingués pour les donner à de misérables valets et à des flatteurs. On demandait , et on obtenait de lui la dépouille d'hommes pleins de vie qu'on lui faisait passer pour morts. Enfin il exigea des peuples d'Asie le double du tribut que leur avaient imposé Brutus et Cassius.

Sur ce dernier article , Hybréas , l'un des plus fameux orateurs de ces temps-là, lui fit au nom de l'Asie des représentations dont Plutarque nous a conservé un trait ingénieux, et dans le goût de cette éloquence brillante et populaire qui plaisait fort à Antoine. ,« Si vous pouce vez tirer de nous , lui dit-il , deux tributs en une ance née , vou's pouvez donc nous donner aussi deux fois c( l'été et deux fois l'automne. » Dans une autre occasion, le même orateur lui parla d'une façon très-hardie, et qui coupait dans le vif. Après deux cent mille talents ^ fournis par l'Asie , Antoine demandait encore de nouvelles contributions. Hybréas osa lui dire à ce sujet: u Si vous n'avez point reçu ce que nous avons donné , « faites-vous en rendre compte par ceux qui gouverc( nent vos finances. Si vous l'avez reçu , et que vous <c ne l'ayez plus, nous sommes perdus. »

Ce mot d'Hybréas fit une forte impression sur Antoine, simplicité et

... -Il 1 -Il • facilité (lu

Car il Ignorait la plus grande partie des choses qui se caractère

/ 1 • 1 1-.1 . d'Aatoinc

passaient, moins par négligence, selon que rlutarque source de en juge , que par un caractère de simplicité qui le por- ^^^'^H ^^ tait à se fier à ceux qui l'approchaient; car il était

* Six cents millions.

simple et franc; et s'il ne s'apercevait que tard des désordres et des injustices qui s'exerçaient sous son nom au moins, lorsqu'il en était instruit, il en concevait un regret sincère , et en faisait Taveu sans peine à ceux mêmes qui avaient souffert l'injustice* Récompensant largement, punissant avec rigueur, il passait encore plutôt les bornes dans la distribution des grâces et des faveurs que dans celle des peines. On ne sera donc point étonné que plusieurs de ceux qui avaient porté les armes contre lui, s'étant enhardis à implorer sa clémence pendant le séjour qu'il fît en Asie, en aient ressenti les effets , entre autres le frère de Cassius. S'il y en eut d'exceptés du pardon , ce ne fut que pour des cas particuliers et extrêmement défavorables : surtout il ne se crut pas permis d'épargner* quiconque avait eu part à la conspiration contre César. Au contraire, les villes et les peuples à qui leur attachement pour l'a mémoire de ce grand homme et pour le parti de ses vengeurs avait attiré des disgrâces et des traitements rigoureux de la part de Brutus et de Cassius, éprouvèrent la reconnaissance d'Antoine, et furent comblés de ses bienfaits. De ce nombre étaient les Rhodiens, les Lyciens, les villes de Xanthe , de Tarse , de Laodicée en Syrie , et enfin l'état des Juifs, que gouvernaient alors, sous le nom (YHyrcariy Hérode et Phasaël, tous deux fils xiT.aaetaS. ^^ l'Iduméen Antipatre. Hérode trouva dans Antoine un protecteur déclaré, par lequel il fut soutenu contre tous ses ennemis: en conséquence, il se donna à lui cordialement; et il lui demeura fidèle, comme nous le verrons, jusqu'à la dernière extrémité.

p,m La bonté et la facilité d'Antoine étaient poussées dans

le commerce particulier jusqu'à une familiarité indé-

ceiite. Il aimait à faire assaut de railleries avec ceux qu'il admettait à ses plaisirs, et il leur laissait une liberté pareille à celle qu'il prenait lui-même, n'étant pas moins content de se voir l'objet de la risée que de rire aux dépens des autres. Sur quoi Plutarque fait une observation qui me paraît très-judicieuse et très-fine en même temps. Il prétend que cette licence de badinage que permettait Antoine à ceux qui l'environnaient nuisit beaucoup à ses affaires ^, parce que, ne s'imaginant pas que ceux qui l'attaquaient si librement dans leurs plaisanteries voulussent le flatter lorsqu'ils parlaient sérieusement, il était aisément la dupe de leurs louanges. Il ignorait que d'habiles courtisans savent mêler la liberté avec la flatterie , comme un assaisonnement piquant qui prévient le rassasiement et le dégoût; et que , par la hardiesse de leur babil quand ils ont le verre en main , ils se proposent de faire en sorte que leur approbation et leur souplesse dans les affaires ne semblent pas l'effet de la complaisance , mais de la persuasion et d'une soumission qu'ils ne peuvent refuser à la supériorité des lumières. "

Tel était Antoine , et c'est ainsi qu'il préparait de isaissame de loin sa ruine. Un dernier mal vint la rendre inévitable, poiircié'oje veux dire sa passion pour Cléopatre, qui fit sortir '"' ^'^' et réveilla bien des vices cachés encore et , si j'ose me servir de ce terme, endormis au fond de son ame, et

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piau

lÇ>1 HISTOIRE ROMAINE.

qui bannit et étouffa ce qui restait en lui de bon et de salutaire. Voici de quelle manière il fut pris et tomba dans les filets de l'Egyptienne.

J'ai dit que Sérapion avait fourni de l'île de Chypre quelques secours à Cassius, 11 semblait qu'il y eût lieu de rendre la reine d'Egypte responsable de la conduite qu'avait tenue le gouverneur d'une île qui était une dépendance de cette couronne. C'est sans doute sur ce fondement qu'Antoine, se disposant à marcher contre les Parthes, qui avaient fait une irruption en Syrie, envoya ordre à Cléopatre de se rendre auprès de lui, et de se laver du reproche d'avoir favorisé ses ennemis. La cause de cette princesse était bonne en soi. Il est très - probable que Sérapion n'avait point agi par ses ordres, et même ne reconnaissait pas son autorité. Et pour ce qui la regardait personnellement, elle avait fait ses preuves d'attachement au parti de César parles secours destinés à Dolabella, comme je l'ai rapporté, et par une flotte mise en mer pour appuyer les triumvirs dans la guerre contre Brutus et Cassius. Mais elle n'eut pas besoin d'apologie.

Plut. Dellius, chargé de l'amener en Cilicie, ne l'eut pas

plus tôt vue, qu'il comprit qu'une femme aussi séduisante n'avait rien à craindre d'Antoine, et qu'au contraire, par sa beauté, par ses grâces, et surtout par son adresse et sa dextérité infinie, elle allait devenir toute puissante auprès de lui. Ainsi, au lieu de prendre avec elle le ton de commandement et de menaces, il s'étudia à lui faire sa cour, et il l'exhorta à venir sans aucune appréhension se présenter devant Antoine, le plus doux et le plus humain des mortels.

Cléopatre, rassurée par le discours de Dellius, et en-

core plus par l'expérience qu'elle avait faite du pouvoir de ses charmes sur le fils aîné de Pompée et sur César, se promit de subjuguer Antoine avec encore plus de facilité ^ : car du temps de ses premières intrigues elle était très-jeune, et entièrement neuve dans les affaires; au lieu qu'actuellement elle courait sa vingtseptième année, et se trouvait par conséquent dans un âge où les grâces du corps et les talents de l'esprit sont dans la fleur la plus brillante. Elle prépara donc de riches présents pour Antoine et pour ses amis : elle prit avec elle de grandes sommes d'argent , des joyaux magnifiques ; en un mot , elle se munit de tout ce que pouvait lui fournir l'opulence d'un grand et puissant royaume. Mais, mettant ses principales espérances en elle-même, et dans les prestiges enchanteurs dont elle était trop abondamment pourvue, elle partit avec une entière sécurité; et, quoiqu'elle reçût sur sa route plusieurs courriers, et des ordres réitérés de se hâter, elle ne s'en émut pas davantage; et elle se moqua tellement du général romain , que, tout accusée qu'elle était, elle fit dans Tarse, oii il se trouvait actuellement, l'entrée la plus superbe et la plus galante qu'il soit possible d'imaginer.

La ville àe Tarse était traversée par le fleuve Cyd- Entrée su-

1 • 1 • 1 1 ' 1 perbe et ga-

nus, qui, deux ou trois lieues au-dessous, se clecnarge lantcdc

I Appien dit qu'Antoine avait dé- ans, âge peu propre à faire naître une

ja commencé à aimer Cléopatre lors- passion. =- En Egypte les femmes

qu'il était venu en Egypte avec Ga- sont très-précoces; ou les marie quel-

binius, pour le rétablissement de quefois à i2 , i3 et i4 ans. Il n'y a

Ptolémée Aulète. C'est ce qui n'est donc rien d'invraisemblaBle à ce que

guère vraisemblable, vu que Cléopa- raconte Appien. — L.

tre alors ne pouvait avoir que treize

dans la mer. Ce fut par ce fleuve que Cléopatre choisit d'entrer. Elle le remonta dans une gondole, dont la poupe était revêtue d'or; les voiles, de pourpre, flottaient étendues au gré des vents;. les rames, d'argent, marchaient en cadence au son des flûtes et des guitares. Elle-même était couchée sous un ciel semé d'étoiles en or, avec les ornements que les poètes et les peintres donnent à Vénus. A ses côtés se tenaient de jeunes enfants, tels qu'on peint les Amours, qui, avec des éventails, lui faisaient un petit vent rafraîchissant. Les plus helles de ses femmes, habillées en Néréides et en Grâces, étaient distribuées, les unes au gouvernail, les autres autour des cordages. Sur les deux rives du fleuve on brûlait sans cesse les parfiuiîs les plus exquis. Un tel spectacle attira une foule infinie. Les uns, depuis l'embouchure du fleuve, accompagnaient des deux côtés la gondole à mesure qu'elle avançait; d'autres, sortant par troupes de la ville, accouraient au - devant. La grande place devint déserte; et Antoine, qui alors y donnait audience assis sur son tribunal, y fut laissé tout seul. On n'était occupé que du désir d'aller voir Vénus, disait -on, qui rendait visite au nouveau Bacchus pour le bonheur de toute l'Asie.

Quand Cléopatre fut arrivée, Antoine envoya l'inviter à souper. Elle répondit qu'elle souhaitait plutôt etAutoine. j^yoir l'honueur dc le recevoir chez elle; et le général, ne voulant pas débuter par un refus, et se piquant de paraître poli et humain, lui promit, et y alla. Le repas fut superbe, la salle magnifiquement parée. Mais ce qui frappa le plus Antoine, ce fut le nombre et la disposition des lumières. Elles y étaient prodiguées, mais

HISTOIRE IIOMAIWE. ^65

avec ordre, formant des dessins et des compartiments, ici en losange, là en cercle; en sorte que l'effet en était charmant, et présentait un très-beau coup d'œil.

Selon un ancien écrivain cité par Athénée, Cléopatre Atheu. iv, joignit les largesses h. rélégance et au faste. Elle réitéra la fête à diverses reprises, et toujoiu^s dans un nouveau goût, et avec de nouveaux ornements'; et chaque fois elle donna à Antoine tout l'appareil du festin, c'est-àdire la vaisselle d'or, enrichie de pierreries , dont les buffets étaient garnis , et les tapisseries et tapis de pourpre brodés en or qui avaient servi à meubler et à décorer la salle. Aux amis qu'il avait amenés en grand nombre, puisqu'il y avait douze tables environnées de trois lits chacune, ce qui indique au moins cent huit personnes, . à tout ce grand nombre de convives elle fît de riches présents. Elle voulut quils prissent pour eux les lits sur lesquels ils avaient été couchés, et les vases d'or dans lesquels on les avait servis. Lorsqu'ils se retirèrent, elle distribua aux plus distingués des litières avec leurs porteurs, aux autres des chevaux magnifiquement enharnachés , et à tous de jeunes esclaves éthiopiens pour porter devant eux des flambeaux et éclairer leur marche. L'auteur que je viens de citer rapporte encore que, dans le troisième repas que Cléopatre donna à Antoine, elle fit joncher de roses tout le parquet de la salle jusqu'à la hauteur d'une coudée.

Antoine la traita à son tour, et il s'efforça de la surpasser pour la magnificence et pour le goût. Mais , n'ayant pu y réussir, et demeurant fort au-dessous en toutes manières, il fut le premier à tourner en raillerie la simplicité rustique de son appareil, comparé à celui de Cléopatre.

Les charmes L aclroite Égyptienne prit tout d un coup les ma-

de l'esprit . v -, i ■ ? 1 1 i •

de ciéopa- Hieres de celui quelle voulait gagner; et ayant re-

tre plus se- / i i • • i> i • , .

duisantsque marque que les plaisanteries d Antoine étaient gros-

'bëautV^ ^'^^^^ ^t sentaient le soldat, elle le servit dans son

goût ; et d'un air libre , aisé , plein d'assurance , elle

badinait de façon à ne se pas montrer plus délicate

que lui.

C'était par cette dextérité et par les cbarmes de son esprit qu'elle était sûre de plaire; car sa beauté n'était point du tout extraordinaire ni capable de ravir. Mais rien n'était plus piquant ni plus enchanteur que les grâces de sa conversation , et elles portaient avec elles une séduction presque inévitable. Le son même de sa voix avait une douceur charmante; et Plutarque compare sa langue à un instrument à plusieurs cordes, dont la mélodie se diversifie en mille façons différentes. Car, au lieu que ses prédécesseurs , abrutis par la paresse et par les voluptés, n'avaient pas même su parler égyptien, et que quelques-uns avaient oublié jusqu'au dialecte de la Macédoine leur patrie, Cléopatre donnait audience sans interprète à tous les peuples circon voisins. Hébreux, Arabes , Syriens , Mèdes, Parthes, Ethiopiens, Troglodytes , tous avaient la satisfaction de l'entendre parler leur langue aussi bien et aussi aistnnent que les naturels du pays.

Eiiesubi.i- Antoine n'était pas fait pour résister à tant d'attraits; gucAutoiuc. ji jjg songeait pas même à s'en défendre, et au contraire il se livrait à ce doux poison de toute la pente de son cœur. De juge de Cléopatre il devint sa conquête et son esclave ; et cette artificieuse princesse , qui savait donner de l'amour, et non pas en prendre, commença par se servir de l'empire qu'elle s'était ac-

qiiis sur l'esprit d'Antoine pour s'assurer la libre et paisible possession du royaume d'Egypte.

Aussitôt après la mort de César, elle avait pris soin Elle se sert

' „ ^ . du pouvoir

de se défaire, comme je 1 ai dit, de son trere, qui par- d'Antoine

, , . . . , • pour s'assu-

taffeait le trône avec elle : mais Arsinoe, sa sœur, vi- reriaposvait encore; et, quoique réduite h se tenir renfermée i.'"Kgv,''te.'' dans le temple de Diane à Épbèse % et h ne devoir sa ^°';^"'^j sûreté qu'à la sainteté de cet asyle , elle lui donnait de ^ppian. l'ombrage. Cléopatre obtint un ordre d'Antoine pour arracher Arsinoé de ce temple et la mettre à mort. I.e prêtre même de Diane, qui avait rendu des honneurs et des respects à cette malheureuse princesse, courut risque de la vie, si les Éphésiens, par les plus humbles prières, n'eussent désarmé la colère de la reine d'Egypte. Les droits sacrés d'un asyle inviolable ne furent pas plus respectés par rapport à Sérapion qu'ils ne l'avaient été à l'égard d' Arsinoé, dont je soupçonne qu'il avait épousé les intérêts. Il fut tiré du temple d'Hercule à Tyr, et livré h. Cléopatre, qui trouvait dans sa mort la satisfaction de sa vengeance, et en même temps sa justification envers Antoine pour les secours donnés à Cassius. Enfin elle obligea pareillement les habitants d'une petite île de Syrie, nommée Jradus, à lui remettre entre les mains un jeune homme qui se donnait pour l'aîné des frères de Cléopatre , vaincu autrefois par César , et heureusement échappé de la bataille, selon le récit qu'il débitait, quoique l'opinion commune l'eût fait passer pour mort.

Cléopatre, avant ainsi obtenu d'Autoine tout ce Eiiere-

I ^ J tourne a

qu'elle avait souhaité, partit pour s'en retourner en Aic^udrie ,

1 Appieti nomme le temple de Diane Leucophiyne à Milet. La différence est peu importaule.

HISTOIRE R O 31 A ! iV £.

Plut.

et Litnt.^t Egypte, laissant dans le cœur du général romain un

Antoine la . ... . .

suit. aiguillon qui ne pouvait manquer de le ramener bien- Vian.^' *°t auprès d'elle. En effet, au lieu de marcher, selon son premier dessein, contre les Parthes, qui assemblaient leurs forces en Mésopotamie, il se contenta de parcourir rapidement la Syrie, et de terminer à la hâte les affaires qui se présentaient; et, après avoir tenté inutilement d'insulter et de piller la ville de Palmyre, il distribua ses troupes en quartiers d'hiver, établit Décidius Saxa pour les commander en son absence, et aussitôt il vola oii son cœur l'appelait, c'est-à-dire à Alexandrie.

Amusements Là, s'auiusant et folâtrant comme un jeune écervelé

puérils, et • a. ii ^ cr • i • • -i i • Il

dépenses ^1^1 ne Connaît d autre artaire que son plaisir, il perdait |

énormes t^T "t ■ r'II l '• .1

d'Autoiue. ^'- prodiguait en jeux irivoles le plus précieux de tous les biens, qui est le temps. 11 avait formé une société de prétendus confrères de la vie inimitable : c'est le titre qu'ils avaient pris; et leur règle était de se donner les uns aux autres des repas, chaque jour, avec des profusions qui passent toute croyance. Voici un trait qui nous aidera à nous en faire une idée.

Lamprias, grand-père de Plutarcjue, avait entendu raconter au médecin Philotas, qui, jeune encore, était alors à Alexandrie pour y apprendre sa profession , qu'ayant fait connaissance avec un des chefs de cuisine d'Antoine, il fut invité par lui à venir voir les apprêts d'un de ces soupers. 11 entra donc dans les cuisines, et fut bien étonné de trouver, outre une très-grande quantité d'aulres viandes, huit sangliers à la broche. Il en conclut que le repas devait être très-nombreux. « Point V du tout, lui dit son introducteur en riant de sa suret prise, ils ne seront pas plus de douze à table; mais

HISTOIRE ROMAINE. ^'jq

« chaque chose doit être servie clans une certaine fleur a de cuisson, qu'un instant est capable de flétrir. Or, « il peut arriver qu'Antoine demande son souper tout «à l'heure, ou dans un intervalle assez court, ou au « contraire qu'il diffère un fort long temps, parce que a le vin, ou quelque sujet de conversation agréable, «l'aura amusé. C'est pourquoi il faut préparer, non un « repas, mais plusieurs, vu que nous ne pouvons pas '( en deviner le moment. »

Philotas racontait encore un fait d'un autre genre, mais qui prouve également l'énorme prodigalité d'Antoine. Il disait que, s'étant attaché à faire sa cour à l'aîné des fils qu'Antoine avait eus de Fulvie, il était quelquefois admis à sa table avec d'autres Grecs , lorsque ce jeune seigneur, qui sortait à peine de l'enfance, ne mangeait point avec son père. Dans un de ces repas se trouva parmi les convives un médecin qui fatiguait toute la compagnie de son babil importun. Philotas le réduisit au silence par un sophisme dont il lui demanda la solution. «Il est, lui dit-il, certaine fièvre « dans laquelle on doit donner de l'eau froide au ma- « lade. Toute fièvre est une certaine fièvre : donc dans « toute fièvre on doit donner de l'eau froide au malade. » Il fallait que le médecin babillard eût bien oublié ses règles de syllogismes pour ne pas découvrir du premier coup-d'œil le vice de celui-ci ^ Quoi qu'il en soit, il f**

ne put rien répondre , et demeura déconcerté. Cette petite aventure réjouit beaucoup le jeune Antoine, qui ,

en rit de tout son cœur; et, voulant récompenser celui dont il était si content, « Philotas , lui dit-il, je

' Le moyen terme y est pris deux fois particulièrement.

« VOUS donne tout ce que vous voyez là devant vous » , et il lui montrait un buffet garni de vases d'or. Philotas lui témoigna beaucoup de reconnaissance, lui fit de grands remercîments ; mais il était très-éloigné de penser qu'un enfant de cet âge pût faire un présent d'une telle importance. Cependant il vit, au sortir du repas, un officier qui lui apporta toute cette vaisselle précieuse enfermée dans un sac, et qui lui dit d'imprimer son cachet sur l'ouverture de ce sac , afin qu'on n'en pût rien détourner. Pliilotas recula presque d'effroi, et se défendit de recevoir des choses d'un si grand prix. (fVous êtes bien simple, lui dit l'officier; vous ne « savez donc pas que le fils d'Antoine peut faire des « dons encore plus considérables que celui qui vous « étonne! Si vous m'en croyez pourtant, vous recevrez rt de l'argent en la place des vases , parce qu'il y en a « d'antiques et de curieusement travaillés , qu'Antoine '( pourrait redemander. » On sent assez que c'est au père qu'il faut s'en prendre d'une profusion si outrée, permise à un fils encore enfant. Qu'on ne se laisse point éblouir par une fausse apparence de bonté et de munificence ; ce n'est pas là donner , c'est dissiper.

Dans ce premier séjour qu'Antoine fit à Alexandrie Gléopatre acheva de le captiver. Il n'est point de manière de le flatter qu'elle ne mît en œuvre. Soit qu'il s'agît d'amusements ou d'affaires sérieuses, elle lui ménageait toujours quelque agrément et quelque plaisir nouveau , ne le quittant ni jour , ni nuit. Car elle lui tenait compagnie au jeu, à table, dans ses parties de chasse : s'il faisait quelque exercice militaire, elle y assistait au moins connue spectatrice; elle le suivait même dans la ville, lorsque, pendant la nuit , il allait,

HISTOIRE ROMAINE. i.'J i

déguisé, se présenter aux portes ou aux fenêtres des gens du peuple, attaquant par des plaisanteries ceux qui étaient dans la maison; car Antoine avait du goût pour ces sortes de divertissements indécents , que prennent quelquefois par travers et par bizarrerie les grands seigneurs, las des plaisirs ordinaires et naturels qui s'offrent en foule devant eux. Habillé en esclave, avec Cléopatre semblablement travestie , il passait les nuits à courir les rues d'Alexandrie, harcelant tous ceux avec qui il pouvait lier conversation, cherchant à les piquer par de mauvaises railleries, et remportant toujours des quolibets et souvent des coups. D'abord tout le monde y était trompé. Dans la suite, lorsqu'on sut qu'il se plaisait à ce badinage, les Alexandrins s'y prêtèrent très-volontiers: ils jouaient et ménageaient à dessein des scènes risibles , qui les divertissaient euxmêmes; et ils disaient qu'Antoine faisait le rôle tragique avec les Romains , et le comique avec eux.

Le détail de toutes les puérilités des amusements d'Antoine avec Cléopatre serait indigne de l'histoire Voici néanmoins une petite aventure, d'un sel assez réjouissant.

Il péchait à la ligne dans le Nil ; et comme il ne prenait rien, c'était une mortification paur lui de ne point réussir en présence de la reine. Il fit donc donner ordre à quelques plongeurs d'aller par-dessous les eaux attacher à son hameçon quelqu'un des poissons déjà pris. Ce jeu ne put pas être répété deux fois sans que l'Egyptienne s'en aperçût. Elle dissimula , elle feignit d'être fort étonnée; et, ayant engagé une nouvelle partie de pêche pour le lendemain , elle invita les amis d'Antoine à s'y trouver, après les avoir avertis de la

ruse qu'il avait employée. Ils s'y rendirent en grand nombre, et montèrent dans des barques, attentifs à ce qui arriverait. Antoine, qui ne se défiait dé rien, ayant jeté sa ligne, des plongeurs, par ordre de Cléopatre, y attachèrent un poisson salé. Il sentit le mouvement, et, croyant tenir sa proie, il tira la ligne hors de l'eau. On peut juger quels furent les éclats de rire sur une telle pêche. Cléopatre lui fit à ce sujet un compliment des plus fins et des mieux tournés: «Seigneur, lui dit- «elle, donnez- nous la ligne ^, à nous autres rois de « Pharos et de Canope : mais, pour vous, votre pêche, « votre chasse , ce sont les villes , les peuples et les « empires. »

§ II. Le besoin des affaires (T Antoine V appelle en Italie. Il est recherché par Sex. Pompée. Puissance de Sextus. Mariage d'Octavien avec Scribonia, sœur de Liban, beau - père de Sextus. Domitius Ahénobarbus joint sa flotte à celle d' Antoine. Ventrée de Brindes est refusée a Antoine. Il assiège celte ville. Dispositions à la paix. Négociation de Cocceïus Nerva. Traité conclu entre Octavien et Antoine par Mécène , Pollion et Cocceïus. Mariage d'Octavie avec Antoine. Le petit triomphe décerné aux deux généraux . Salvidiénus, traître à Octavien, est condamné, et se donne la mort. Canidius et Balbus substitués dans le consulat à Pollion et à Domitius. Fortune de Balbus. Triomphe de Pollion : son mérite littéraire. Triom-

aÙTdx,paT&p , rot; «t'aptrat; xat Ka- (Plut, in Anton.)

phe de Cahinus. Sa sévérité par' rapport a la discipline. Hérode déclaré roi de la Judée. Loi Falcidia. Mort de Déjotarus. Ses endroits louables. Sa cruauté contre sajamille. Changements dans le consulat. Plus de consul d'un an. Confusion et désordre dans tous les états. Rome et V Italie affamées par Sextus. Indignation et soulèvement du peuple contre les triumvirs. Sédition furieuse oii Octavien court risque de la vie , et est dégagé par Antoine. Fête donnée par Octavien : nouveau sujet de murmure. Octavien consent à négocier avec Sextus. Sextus ne se prête que forcément à cette négociation. Conférence entre les trois généraux. Conditions du traité. Joie extrême que cause cette paix. Les trois chefs se donnent des repas tour à tour. Mot de Sextus à Antoine. Trait célèbre de sa générosité à rejeter les conseils de Menas. Antoine est piqué de perdre à toutes sortes de jeux contre Octavien.- Il quitte V Italie et vient à Athènes. Ses manières populaires avec les Athéniens. Ils Je traitent de nouveau Bacchus. Dot quil exige d'eux pour son mariage avec Minerve.

CN. DOMITIUS CALVINIÎS. II. An. R. 712.

Av. J.C. Ao.

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