‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 58 sur 82 · TROISIÈME CARACTÈRE DES ROMAINS · texte numérisé non relu

TROISIÈME CARACTÈRE DES ROMAINS

Sagesse des délibérations dans le sénat.

Le troisième caractère est la sagesse du sénat , qui commença sous Piomulus à prendre une forme arrêtée et fixe. Le sénat était le conseil public de la nation toujours subsistant2; composé, non de membres arbitraires, mais de personnes tirées des plus considérables familles. Les sénateurs, intéressés par leurs fortunes et par leurs dignités au succès du gouvernement , capables , par la maturité de l'âge et par une longue expérience, de gouverner sagement, tenaient le milieu et la balance entre l'autorité souveraine du prince et la faiblesse du peuple, et fournissaient une foule de magistrats formés au bien et préparés aux plus grands emplois par une excellente éducation, remplis de lumières et de sentiments supérieurs à ceux du vulgaire. On les appelait pères (patres) , afin que d'un côté ce nom les fît souvenir qu'ils étaient en place et tenaient un rang distingué pour devenir les protecteurs du peuple , dont ils devaient procurer les avantages avec une vigilance, un désintéressement, un zèle de pères;

1 « Majores nostri , quum reguin todein , praesideiu , propugnatorem

potestatem non tulissent, ita magi- collocaverunt. Hujus ordiois aucto-

stratus annuos creaverunt , ut conci- ritate uti magistratus , et quasi mi-

liumsenatùsreipublicœpraeponerent nistros gravisshni concilii esse mi-

sempiternum : deligerentur autem luerunt : senatum autem ipsum pro-

inid concilium ab univeiso populo, ximoruiu ordinum splendore con-

aditusque in illum summum ordi- firmari , pleins libertatem et comino-

nera omnium civium industriae ac da tueri atque augere voluerunt.

vii tuti pateret. Senatum reipub. eus- (Cic. Orat. pro Sext. n. 137. )

et que d'un autre côté le peuple fût averti du respect et de l'affection qu'il était obligé de leur témoigner, et de la confiance avec laquelle il devait faire usage de leur conseil, de leur crédit, et de leur protection.

Ce sénat fut. dans tous les siècles suivants le plus ferme appui, la principale force, la plus grande ressource de l'état, même sous les empereurs. On sait la célèbre parole de Cinéas, que Pyrrhus avait député vers les Romains. Quand il fut de retour, il dit à son maître que le sénat de Rome lui avait paru une assemblée de rois ' , tant il y avait reconnu de grandeur et de majesté. Ce n'est point dans les édifices2, dit l'empereur Othon à l'occasion d'une émeute où il craignait pour le sénat, ni dans la magnificence extérieure, que consistent la gloire et la durée de l'empire. Tout ce qui n'est que matériel est peu de chose ; il peut se détruire et se rétablir, sans que l'essentiel souffre aucun changement. Mais c'est attaquer le fond de l'état et le prince même que de donner atteinte à l'autorité du sénat.

J'aurai lieu de parler encore ailleurs du sénat, lorsque j'examinerai plus en détail la forme du gouvernement établi dans la république romaine.

1 « Quemqui ex regibus constate ta ista et inanitiia intercidere ac réel ixit , unus verani speciem rouiani parari piomiscua sunt : aeternitas senatus cepit. » (Liv. lib. <j , 11. 17.) reruin , et pax gentium , et mea

2 « Quicl ! vos pulcherrimam banc cum vestra salus , incoluniitate seurbem domibus et tectis, et con- natùs firiuatur. ,1 (T.vc. /lis!, lib. r , gestu lapiduiu slaie cieditis ? Mu- cap. 84.)

36à irai té des études.

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