‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 47 sur 85 · LA MACÉDOINE · texte numérisé non relu

LA MACÉDOINE

Je ne rapporterai qu'un petit nombre de ses villes : Épidamne ou Dfrrachie, maintenant Durazzo; ydpollonie^ ^ Pella, capitale du pays qui donna naissance à Philippe, et à son fds Alexandre-le-Grand; Egée, Édesse, P allé ne , Oljnthe, qui a donné ,son nom aux Olynthiaques de Démosthène ; Toro/ie , Acanthe , Thessaloniqne, maintenant Salonichi; Stagire, patrie d'Aristote; JmphipoUs, Phdippes , fameuse par la victoire d'Auguste et d'Antoine sur Brutus et Cassius ; Scotiise, Jthos, montagne; le fleuve Strjmon.

11 y a plusieurs îles adjacentes à la Grèce, fort connues dans l'histoire. Dans la mer Ionienne^, Co/cjre, avec une ville du même nom , maintenant Corfou; Céphallénie et Zacjnthe, maintenant Céphalonia et Zante; Ithaque, patrie d'Ulysse, et Dulichie, Près du cap Malée, vis-à-vis la Laconie, Cjthére. Dans le golfe Saronique, Égine et Salamine, si fameuse par le combat nav|kentre Xerxès et les Grecs. Entre la Grèce et l'Asie, les Spo rades , les Cjclades, dont les plus

1 Epidamne et Apollonie étaient le nom de mer Ionienne à la mer qui dansTIllyrie, et non dans la Macé- borne à l'occid. le continent de la doine, — L. Grèce : ils l'appelaient mer de Sicile.

2 J'ai déjà fait observer que les An- Le nom de mer Ionienne ne s'étenciens ne paraissent pas avoir donné dait point au sud de Corcyre. — L.

34»- HISTOlUi: AjyCIliîVNE.

connues sont Andros, Delos , Paros , (Foù l'on tirait le plus beau marbre. Plus baut, dans la mer Egée, \ Eubée y maintenant Négrepont , séparée de la terre ferme par un petit bras de mer appelé Euripe : la ville la plus connue était Chalets. En montant vers le septentrion , .St^^yv/J ,• et beaucoup plus baut Lemnos ^ maintenant Stalimene , Samothrace. En descendant, Lesbos, dont la principale ville était Mitjlene , qui a donné à l'île le nom de Metelin, Chios ^ Scio, vantée par son vin excellent; Samos. Quelques-unes de ces dernières îles sont attribuées à l'Asie.

Ij'île de Crète, ou de Candie, est la plus grande de celles qui sont voisines de la Grèce ; elle a au septentrion la mer Egée ou l'Arcbipel , et au midi la mer d'Afrique. Ses principales villes étaient , Gortjiie , Cjdon, Gnossus; ses montagnes, Dictée, Ida, Corcjiis. Son labyrintbe est connu de tout le monde.

Les Grecs avaient des colonies dans presque toutes ces îles.

strab. 1. 6, Ils s'établircut aussi dans la Sicile, et dans une partie pag. 253. ^^ ritalie vers la Calabre , qui sont appelées pour cette raison la grande Grèce.

Plia. lib. 6, Mais leur grand établissement fut dans l'Asie mi- ''^^•'^- neure, et sur -tout dans VÉolie, \Ionie et la Doride. Les principales villes de l'Éolie sont, Cume, Phocée, Élée; de l'Ionie, Smjme, Clazomène , Téos, Lébedus, Colophon, Éphese ; de la Doride, HÉÊcarnasse et Cnidiis.

Ils avaient encore un grand nombre de colonies répandues dans les différentes parties du monde, dont je parlerai quand l'occasion s'en présentera.

ARTICLE II

Division de l'histoire grecque en quatre âges.

On peut distinguer dans les Grecs quatre différents âges, marques par autant d'époques mémorables, qui tous ensemble renferment 2 1 54 années :

Le premier s'étend depuis la fondation des petits royaumes de la Grèce , en commençant par celui de Sicyone , qui est le plus ancien , jusqu'au siège de Troie , et comprend environ 1000 ans, depuis l'an du monde 1820 jusqu'à 2820;

Le second s'étend depuis la prise de Troie jusqu'au règne de Darius , fils d'Hystaspe , qui est le temps où l'histoire des Grecs commence à se joindre avec celle des Perses, et comprend 663 ans, depuis l'an du mondé 2820 jusqu'à 3483;

Le troisième âge s'étend depuis le commencement du règne de Darius jusqu'à la mort d'Alexandre -le- Grand, qui est le beau temps de Ihistoire des Grecs, et comprend 198 ans, depuis l'an du monde 3483 jusqu'à 368 1 ;

Enfin , le quatrième et dernier âge s'étend depuis la mort d'Alexandre, où les Grecs commencèrent à déchoir, jusqu'à ce qu'ils tombèrent enfin sous la domination des Romains; et l'époque de la ruine entière des Grecs est, d'un côté, la prise et la destruction de Corinthe par le consul L. Mummius en 3858, et de l'autre l'extinction du royaume des Seleucides en Asie par Pompée , l'an du monde 3939 , et de celui des Lagides en Egypte par Auguste, l'an 3974- Ce dernier âge comprend en tout 293 ans.

De ces quatre âges, je ne parlerai ici que des deux premiers, et encore je ne les toucherai que très-legèrement et pour en donner quelque idée aux lecteurs, parce que ces temps , du moins pour une grande partie, appartiennent plus à la fable qu'à l'histoire et se sont couverts de ténèbres qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de percer et d'eclaircir; et j'ai déjà déclaré plusieurs fois que ce travail obscur et épineux, quoique très-utile pour ceux qui veulent approfondir l'histoire , n'entrait point dans mon plan.

ARTICLE III

Origine primitive des Grecs.

Pour avoir quelque chose de certain sur l'origine des Grecs, il faut nécessairement avoir recours à ce que nous apprend l'Ecriture sainte.

Gcu. 10. 2. Jcwan ou Io7i (car en hébreu les mêmes lettres, différemment ponctuées, forment ces deux noms), fils de Japhet, et petit-fils de Noé, est certainement' le père de tous les peuples connus sous le nom de Grecs, quoiqu'il soit demeuré propre aux Ioniens dans cette nation : mais les Hébreux, les Chaldéens, les Arabes et les autres ne nomment point autrement le corps de la nation que les Ioniens; et c'est pour cette raison qu'Alexandre est prédit dans Daniel sous le nom de

Dan. 8. 21. roi de Javcui ^ ,

Geu. lo. 4 Javan eut quatre enfants : Eliza, Tharsis, Cetthim et Dodanim. Comme Javan est l'origine des Grecs, il ne faut pas douter que ses quatre fils ne soient les chefs des principales tribus et des principales branches de

' ■< Hiiciis caprai um rex Gi aeciae. » Dans l'hébreu , rex Javan,

cette nation , devenue depuis si célèbre par les arts et par la guerre.

Eliza est la même chose qii Elias, comme traduit le chaldaïque; et le nom ÈXknvzç , devenu commun à toute la nation, comme celui d'E)^>,a; à tout le pays, n'a point d'autre origine. La ville d'Elide, fort ancienne dans le Péloponnèse, les champs Elysiens , la rivière Elissus ou llissus , ont retenu long-temps des traces du nom d'Eliza , et ont plus contribué à conserver sa mémoire que les historiens mêmes de la nation , curieux dans les affaires étrangères, et peu instruits de leur origine , parce qu'ils l'étaient peu de la religion véritable et ne remontaient pas jusqu'à elle. C'est pourquoi ils donnent une autre source aux noms Hellènes o\x lones, comme nous le verrons dans la suite; car je me crois oblige de rapporter aussi leur sentiment.

Tharsis était le second fils de Javan. Il s'établit comme ses frères dans la Grèce, et peut-être dans l'Achaie et les provinces voisines, comme Eliza dans le Péloponnèse, '*

Cetthim. Il ne nous est pas permis de douter que ce ne soit le père des Macédoniens, après l'autorité du premier livre des Machabées, oii il est dit dès le corn- iMachab. mencement qu'Alexandre, fils de Philippe, Macédonien , ' ' ' sortit de son pays , qui était celui de Céthim , pour aller faire la guerre à Darius , roi de Perse ; et dans le chap. 8 , Egressus de parlant des Romains et de leurs victoires sur les derniers v. 5. rois de Macédoine, Philippe et Persée, il les appelle I^%^^^Z,, roi des Céthéens. Ceti.eorum

regem.

Dodanim. Il est fort vraisemblable que la Thessalie et TEpire furent le partage de ce quatrième fils de Javan, et que le culte impie de Jupiter de Dodo ne ,

aussi-bien que la ville de Dodone ^ , sont des preuves que le premier auteur était demeuré dans la mémoire de ceux qui tenaient de lui l'établissement et la naissance.

Voilà tout ce qu'on peut dire de certain sur l'origine des Grecs. L'Ecriture sainte, dont le but n'est pas de satisfaire la curiosité, mais de nourrir la piété, après ces légers rayons de lumière , nous laisse dans une profonde nuit sur le reste de leur histoire, qui ne peut être tirée que des auteurs profanes.

Lib. 4,c. 7. Si Ton en croit Pline, les Grecs s'appelèrent ainsi du nom d'un ancien roi fort obscur. Homère, dans ses poèmes , les nomme Hellènes , Danaens , Argiens , Achéens. Il est remarquable que le mot Grœcus n'est jamais employé dans Virgile ^.

L'extrême rusticité des premiers Grecs ne paraîtrait pas croyable , si l'on pouvait sur ce point recuseï- leurs propres historiens. Un peuple assez entêté de son origine pour lillustrer par des fables n'en aurait pas Pausau. 1. 8, Aveftte pour l'avilir. Qui croirait que ce peuple , auquel ^ [c.^V] on doit tout ce qu'on a de littérature et de belles p**32Tî^ connaissances , descendît de sauvages qui n'avaient point d'autre loi que la force; qui ignoraient l'agriculture , et broutaient à la manière des bêtes ? C'est pourtant ce que nous attestent les honneurs divins

'Aw«î'wv/i, à-b Aw^wvou , t&ù nom de Grecs, comme synonyme

Aiôç y-y-i Eù;ci-r,;. Stephanus. à Hellènes , est Aiistote {Meteorol.

2 Etienne de Byzance préfend I, 1 4 )•' ensuite viennent l'auteur de

qu'Alcmaon et Sophocle s'étaient ser- la Chronique de Paros (Zj«. ix. ) ;

Tisdunomdeypawcç(voce-,sai)to;); Lycophron (-?'. 552, 891, iigS,

mais les témoignages de ces auteurs r338), Strabon (Lib. I, pag. 74,

n'existent plus. I-e plus ancien .à A. ) etc. — L. notre connaissance , qui ait parlé du

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qu'ils décernèrent à celui qui leur apprit à se nourrir

de gland , comme d'un aliment plus sain et plus délicat Peiasgus.

que les herbes. Il y avait de là encore bien loin jusqu'à

la politesse et à l'urbanité; aussi n'y arrivèrent -ils que

par une longue succession de temps.

Les plus faibles ne furent pas les derniers à comprendre la nécessité de vivre ensemble pour se garantir de la violence et de l'oppression. Ils bâtirent des maisons, dont le nombre s'accrut insensiblement, et forma des bourgs et des villes ^ Mais la société d'habitation ne vint pas à bout d'humaniser de telles gens. L'Egypte et la Phenicie en eurent 1 honneur. L'une et l'autre par leurs colonies instruisirent et civilisèrent les Grecs. Celle-ci leur enseigna la navigation, le commerce, Herod. i. 2. l'écriture ; l'autre les poliça par ses lois , les mit dans '<.. 58 tiù. le goût des arts et des sciences, et les initia dans ses ^ j^éti "'

mvstères ^"^v- ^^■

iiMSLCies. Thucyd.l. I.

La Grèce, dans les premiers temps, fut exposée à v'^s- '^■ de grands mouvements, et à de fréquentes mutations, parce que les habitants du pays n'ayant point entre eux de commerce , et n'y ayant point alors de puissance supérieure qui imposât la loi aux autres , la violence décidait de tout. Les plus forts s'emparaient des terres qui leur paraissaient les plus fertiles , et en chassaient les

' Il existe en Grèce, en Italie et Cyclop éenne s ,&or\\. d'une époque andans l'Asie mineure, des restes de térieure à l'arrivée des colonies égypmurailles de villes, construites en tiennes et phéniciennes en Grèce ; ce pierres énormes, assemblées sans qui montre que les peuples indigènes ciment, irrégulièrement placées, et avaient déjà porté assez loin les arts non équarries, «entièrement diffé- mécaniques. C'est à M. Petit-Radel rentes du mode de construction de l'Institut qu'on doit d'avoir attiré connu et pratiqué dans l'Orient. On l'attention des savants sur ces restes a tout lieu de croire que ces con- curieux de la civilisation primitive structions, appelées par les Anciens de la Grèce et de l'Italie. — L.

34^^ HISTOIRE ANCI£i\jV£.

possesseurs légitimes, qui allaient chercher ailleurs des établissements. Comme TAttique était un pays sec et stérile, ses habitants n'eurent pas les mêmes secousses à essuyer, et ils se conservèrent toujours clans leur premier terrain : c'est pourquoi ils s'appelaient aÙToyOoveç , c'està-dire , nés dans le pays même , à la différence de presque tous les autres peuples , qui étaient venus d'ailleurs. Tels furent en gênerai les premiers commencements de la Grèce. Il faut maintenant descendre dans un plus grand détail , et exposer en peu de mots l'établissement des différents états qui la partagèrent.

ARTICLE IV

Différents états dont la Grèce était composée.

Dans ces temps reculés, les royaumes étaient forl peu de chose , et souvent Ton en donnait le titre à une ville d'où dépendaient quelques lieues seulement de terrain.

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