‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 168 sur 340 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

FLORYEL, DOLBAN.

F L O R VE L , s'asseyant.

Je suis horriblement fatigué.

DOLBAN.

On prépare votre appartement.

F L o R V E L , négligemment.

Eh ! c'est donc toi que mon oncle nous a dépêché de Lorient? — Tu es sans doute son valet de chambre: comment te nommes-tu?

DOLBAN.

Picard, pour vous servir.

FLORVFL.

Picard, je peux me tromper; mais, h ta physionomie, tu m'as l'air d'un mauvais sujet.

DOLBATV.

Quand vous me connaîtrez mieux , vous me rendrez plus de justice.

FLORVEL

Je n'en puis plus. Tiens, Picard, en attendant qui mon appartement soit prêt à me recevoir , ote-moi toujours mes éperons; cela sera autant de fait

DOLBAN, embarrassé.

Mais je....

M'en tend s-l u ? — Je n'ai pas amené de domestiques; j'ai compté sur ceux de mon oncle, tu me serviras.

SGEJVE IX. 263

DOLBAN.

.\h ! VOUS avez compté sur moi.... Mais....

FLORVEL

Et le cher Dumont, qui, dès le premier injrlaut de mon arrivée, me laisse seul.

DOLB A.N.

H sait bien employer son temps ; il ne s'occupe que des choses utiles.

FLORVEL

c'est vrai, je voudrais être aussi sensé que lui ; mais je ne pourrais jamais atteindre à ce degré de perfection. Que faire? m'en consoler; la nature ne m'a pas fait pour être un sage.

DOLBAN.

Mais si ces beaux dehors de vertus n'étaient pas vrais^: s'il était comme un autre l'esclave de ses passions; si ce qu'on dit de lui dans le public...

FLORVEL

Bah! le public, en fait de réputation, se trompe tous les jours... Tout ce que je sais, moi, c'est que sa conduite ne, s'est jamais démentie, et je voudrais pour beaucoup lui ressembler.

DOLBAN, à part , en souriant.

Quelle différence ! ah ! ah !

FLORVEL

Ah ! monsieur Picard sourit.

DOLBAN.

Je songeais au plaisir qu'éprouvera votre oncle en revoyant ses neveux.

a64 L'ONCLE VALET.

FLORVEL

Ma foi , je ne sais pas trop s'il en éprouvera beaucoup en me voyant ; je m'attends à des remontrances qui ne finiront plus. ^

DOLBAIf.

On dit , il est vrai , que vous êtes un libertin , un étourdi, un...

FLORVEL

On dit, on dit Eh bien, on dit peut-être la

vérité.

DOLBAN.

Vos affaires sont sans doute très-dérangées ?

FLORVEL

Oh ! si dérangées que je ne m'y reconnais plus. Je n'ai pas le sou, mais... j'ai beaucoup de dettes.

DOLBAN , riant.

C'est un avantage ; et vous croyez épouser la jeune

A te dire le vrai , je n'y compte pas ; mon oncle est trop raisonnable pour me la donner. J'en serais pourtant fâché , car elle est charmante , et surtout d'une naïveté si rare aujourd'hui : elle doit être encore embellie depuis un an.

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