ACTE l, SCKNE Vïlf. 38r
Qu'il n'a pas de soupçon, qu'il plaint votre naufrage, Et qu'il vous recevra tous deux très-bien, je gage.
DUBOIS
(31i ! nous réussirons, je vous l'ai toujours dit : Pour tromper ce tuteur, il faut si peu d'esprit ; îl a, dit la chronique, une ame si bénigne. Que de mon savoir-faire il me paraît indigne.
BELVAL
Moi, je conviens ici que ce n'est qu'en tremblant Que je vais m'exposer à son ressentiment. Si j'avais su trouver quelque plan plus honnête Pour parler à Sophie... Ah! la crainte m'arrête!
Eh! c'est le seul moven d'approcher le patron.
Songez que vous avez la réputation
D'être un grand étourdi. Cette raison sans doute
De cette maison-ci vous fermerait la route.
Sur ce point les vieillards sont toujours scrupuleux ;
Ils voudraient qu'à votre âge on fût sage comme eux.
Le bon tuteur bientôt connaîtra mon génie...
Je suis fâché qu'il ait autant de bonhomie.
Que n'est-il défiant autant que Bartholo,
Et que n'a-t-il de plus l'esprit de Figaro !
Je voudrais, tant la gloire a de droits sur mon anie ,
Enlever sa pupille et lui souffler sa femme.
Eh ! personne ne doute ici de tes talents. S'il se peut, mes amis, employons mieux le temps. Vous savez du tuteur quel est le caractère?
CHARLES
Mais ils savent très-bien tout ce qu'ils doivent faire De leurs noms, de leurs biens, je les ai prévenus : Seulement dans les flots leurs papiers sont perdus.
DUBOIS
J'ai fait à ce sujet la plus belle tempête!..
Je crains , en la contant , de perdre aussi la tête.
Il ne pourra jamais l'entendre sans pâlir;
Enfin , c'est un récit qui doit faire frémir.
Quelle description! Qu'il est beau mon naufrage'.
C'est un bruit infernal , c'est un remu-ménage !
Des gouffres, des rochers, des feux, des ouragans
La foudre, les éclairs et les flots écumants,
Le ciel, la mer, l'enfer, les noyés, et le diable!.
BELVAL
Puisse-t-il t'emporter , bavard impitoyable ! Vous verrez que ce fat, en voulant trop parler, A tout le monde ici pourra bien révéler Le stratagème...
s IJ .s E T T £.
Eh! non, mon dieu, laissez-le faire En pariant sensément il gâterait l'affaire.
BELVAL
Tu dis ?
su SET TE.
Qu'il doit avoir le cerveau dérange.
Il est fou, pour cela seul il a voyagé; Ainsi ne craignez pas qu'il fa.sse de méprises : Il parlera très-bien, s'il dit bien des sottises.
VCTE 1, SCENE VIll. ^83
cil ARLES.
Ma foi, tu (lois jouer les fous parfeitemenl,
Toi , tu joueras les sots tout naturellement.
B E L V A L , à Susette.
Es-tu certaine au moins de cette circonstance '
CHARLES
Je l'atteste; Dcrmon doit paraître en démence; Je croyais bien, ma foi, tantôt vous l'avoir dit,
DUBOIS
Bien plus que l'étranger, ce faquin perd l'esprit. Que fiit-il arrivé, si, d'un ton raisonnable, J'avais parlé de tout? si j'avais fait l'aimable? On eût connu la fourbe alors.
Eb! mon dieu ! non.
Tu passeras pour fou, même en parlant raison.
BELVAL
A quehjues questions si je ne sais que dire. Sauve mon embarras par des mots de délire, Coupe-moi la parole.
DUBOIS
Allez, ne craignez rien; Compiez sur mon adresse, et tout ira très-bien,
SUSKTTE.
Voilà notre tuteur...
BELVAL
\llons , zèle et prudence '
DUBOIS
Vltention '