SCENE I
BELVAL, SUSETTE.
BEL VAL
Éprouva-t-on jamais un supplice semblable? Je n'ai pu l'endurer, et j'ai quitté la table. Maudit soit ce Dubois qui fit mon embarras , En me donnant un nom qui ne m'appartient pas. Tout augmente ma gêne et la rend plus pénible : Le tuteur est content , et la sœur est sensible ; Tous les deux ont pour moi mille fois trop d'égards ; Ce sont tendres propos, petits soins, doux regards. Surtout ma prétendue... Elle est d'une tendresse ! Enfin , je ne sais plus que dire en "ma détresse. Ah ! de tromper quelqu'un combien il est honteux ! Du rôle d'intrigant je rougis à mes yeux ; Et si je ne craignais de perdre ma Sophie , J'avouerais tous mes torts et mon ignominie.
SUSETTE.
Vous avouerez aussi que, prêtant mon secours, J'ai trahi mon devoir pour servir vos amours : Alors je recevrai tout le prix de mon zèlo.
4io LES TUÏELRS VENGES.
Ma situation , Susette , est bien cruelle î
En vérité , je crois qu'on se moque de nous.
SUSETTE.
Mais, tantôt franchement, je l'ai cru comme vous; J'ai même à ce sujet pris quelque inquiétude... Us sont de bonne foi, j'en ai la certitude. Que craignez-vous ?
Je crains de me défendre en vain De la sœur qui prétend m'épouser dès demain. Trop certaine déjà qu'elle pourra me plaire , Elle jn'a menacé d'avertir le notaire.
SUSETTE.
l^on ! le notaire ! il faut des formes et du temps : Du soir au lendemain niariera-t-on les gens? Poursuivons notre plan ; surtout soyez tranquille , Et trouvons le moyen de voir notre pupille. Mais quelqu'un vient à nous...