ACTE Jll, SCENE Xi. /,i
Je n'éprouverais pas la dure extrémité De rougir maintenant , d'avouer en coupable Que je voulus tromper un homme respectable.
( A Bounard. )
Vous saurez que je suis cet imprudent Belval , Dont vous avez tantôt débité tant de mal. Hélas! c'est à vos pieds que j'avouerai la ruse : Vous devez me punir , moi-même je m'accuse : Mais ne comprenez pas dans votre juste arrêt Celle qui d'une erreur devint l'unique objet. Toujours votre Sophie a mérité l'estime , Et je dois porter seul la peine de mon crime.
DUBOIS , se mettant à genoux.
Maintenant j'en conviens, j'ai perdu la raison Faites-moi par pitié conduire à Charenton.
SUSETTE, à genoux.
Il faut, je le vois bien, faire amende honorable; Ordonnez de mon sort , je suis aussi coupable.
CHARLES, les regardant.
Le beau tableau! voyez.
SUSETTE, à Charles.
Ah ! tu nous as trahis !
CHARLES, en riant.
Hein! comment trouvez-vous que je sers mes amis:'
BONNARD
Ah ! le tuteur triomphe une fois dans la vie , Et la raison pourtant a gagné la partie ! J'ai vengé les vieillards, outragés trop long -temps. Et je puis à mon tour bien rire à vos dépens.
,3o LES TUTEURS VENGES
BELVAL
Ail! ne m'accablez pas!
BONNARD
Eh ! vraiment c'est dommage ; Car chacun a très-bien joué son personnage : Mais ailleurs vous serez heureux autant qu'adroits; L'intrigue vous appelle à de nouveaux exploits,
BELVAL
Dieux !
MADEMOISELLE BONNARD
Mon frère , quittez le ton de l'ironie ; Belval a de grands torts , mais il aime Sophie : Maintenant de sa faute il est trop convaincu , Et vous ferez enfin grâce à mon prétendu.
BELVAL
Madame !
SOPHIE
Mon tuteur!
BELVAL
Que votre ame attendrie...
BONNARD
Ah! vous croyez sans doute être à la comédie. Où l'amant est heureux en dépit du tuteur; Moi, je ne donne pas ma pupille au trompeur.
MADEMOISELLE BONNARD
Ne désespérez pas.
BONNARD
J'estime votre père; Si vous pouvez un jour changer de caractère, Je peux... D'abord, chassons ces deux mauvais sujets.