CTE II, SCENE XI
BÉNIOWSKl.
Il ne le peut : il faut que je périsse , ou que les exilés soient libres.
APHANASIE.
Vous me faites frémir! Et qu'attendez-vous donc ici ?
BÉNIOWSKl.
Le trépas.
APHANASIE.
Grands dieux ! quelle situation est la notre ! Ce matin, le bonheur et la joie...
BÉNIOWSKl.
Ce soir, les larmes et la mort : voilà la destinée humaine.
APHANASIE.
Mais il est peut-être quelques moyens de te soustraire à la vengeance de mon oncle.... Les portes du château sont gardées.... Si ces rochers n'étaient pas impraticables; si les plus affreux précipices....
BÉNIOWSKl.
Oh! s'il ne fallait pas me séparer de toi, je saurais bien, au milieu de ces rochers, échapper à mes tyrans.
APHANASIE.
Ils pourraient te sauver , et tu balances encore ! Ah , Béniowski! par ton amour, par ma tendresse, par les nœuds qui nous unissent , fuis la juste colère du gouverneur. Mon oncle est humain; mais voulût-il te sauver , il n'en est pas le maître : l'hetman , le chancelier sont instruits de la conjuration : tout se réunira pour demander ta mort, et ni l'amitié de mon oncle, ni mes Tome ni. 3 1
li^i BENÏOWSKl.
larmes , ni le courage de tes amis ne pourront te soustraire au sort affreux qui t'est réservé. On te juge peutêtre en cet instant.
DUO
( Demi-nait. ) APHANASIE.
Ah ! fuis ces lieux , je t'en supplie. Cher Béniowski, je tremble pour tes jours ! BÉTflOWSKT.
Pour toi seule, ma douce amie.
Je consens à sauver mes jours.
APHANASIE.
Cher Béniowski , je tremble pour tes jour.s ! BÉNIOWSKI.
Sois sans effroi , ma douce amie ; Le ciel protégera mes jours.
Adieu, ma chère Aphanasie.
(Il sort.) APHANASIE.
Adieu , peut-être pour totijours !
BÉNIOWSKI, en dehors.
La blanche clarté de la neige Suffit pour éclairer mes pas.
APHANASIE.
Béniowski, détourne tes pas De cette éblouissante neige :
Peut-être elle te cache un piège Où tu peux trouver le trépas.
BÉNIOWSKI, un peu dans l'éloignenient.
Adieu, ma chère Aphanasie!