SCÈNE X
La marquise, Le CHEVALIER.
Ah! mon dieu, comme ce serait malheureux, si tous les bruits qui courent avaient quelque fondement ! Moi qui aime tant mon aimable princesse. Oli ! je suis certaine d'avance qu'elle triomphera de tous ses envieux Heureusement que parmi ses ennemis je
compte beaucoup d'amis.
LE CHEVALIER
Cela ne doit pas m'empecher d'aller lire mes vers à la princesse , et de lui présenter. . . .
LA MARQUISE
Dou(;ement; c'est une chose à méditer. Je sais bien «qu'une ame délicate ne doit pas changer avec les événements ; mais cependant vos vers ne peuvent rester tels qu'ils sont.
LE CHEVALIER
Comment faire ? D'après mon plan , je veux dire le vôtre, est-ce qu'il ne faut plu.s parler de la princesse?...
LA MARQUISE
Ah! fi! ce serait une horreur! Il faut toujours en fan-e l'éloge , mais de façon que la reine ne s'en aper^çoive pas. Vous avez de l'esprit , vous arrangerez cela. Quant à moi , je retourne auprès de la princesse. Ma sensibilité ne tient pas contre de telles craintes : mes nerfs sont irrités: oui, je parierais que j'ai la fièvre.... .le prends un intérêt si vif à cette respectable amie! — N'oubliez pas de changer vos vers.
( KUe sort. )
SCÈJNE XI.
Le CHEVALIER, seul.
Faites-en l'éloge, sans que cela paraisse! C'est trèsclair pour un homme qui sait son monde ; cela veut dire : Ne vous avisez pas de parler de la princesse. Allons vite travailler sur ce nouveau plan. Nos plus grands auteurs, à ma place , seraient fort embarrassés ; ils ont la manie de tenir à leurs idées. Eh bien ! tous ces changements-là ne me coûtent rien à moi. J'ajoute, je retranche; et mes vers n'y perdent rien, parce qu'ils ont un air de cour.
FJJV 1) i; SECOND ACTE.