ACTK III, SCENE XIV
LA PRINCESSE
Tai cru que vous auriez la complaisance , par égard pour moi....
LE DUC
c'est justement par égard pour votre altesse que je ne puis y consentir. Comment, madame, au moment de vous appartenir, au moment d'épouser cette charmante enfant , dont je raffolle , j'irai de ma propre volonté me placer au second rang? Non, non! il faut savoir ce que l'on vaut , et le neveu de la princesse des Ursins ne fera jamais d'action indigne de son rang et de l'honneur de lui appartenir.
ÉLÉOJVORE, bas à Destouches.
Et bien, monsieur, votre promesse?...
DESTOUCHES, bas à Éléonore.
Courage , laissez le dire , il ne vous épousera pas.
LA COMTESSE, ironiquement.
Allons, mon cher duc, il faut avoir de la philosophie.
LA PRINCESSE
Eh, de grâce! laissons cette discussion ; d'ici à demain nous trouverons le moyen d'arranger tout cela.
SALVADOR
Que je suis heureux, moi , de ne point connaître l'ambition! Placez-moi, madame, dans le dernier rang, et je me trouverai toujours au-dessus de mes mérites.
LA PRINCESSE
Vous serez toujours bien partout, mon cher Salvador. Mais à propos, notre poète? savez-vous qu'il est temps de s'en occuper? A-t-il travaillé? en effet, j'y ai réfléchi, l'idée n'est pas mauvaise. Les vers sont à la
mode, surtout en Italie; mais qu'il n'aille pas nous
donner l'insipide sonnet.
LE DUC
Mais en effet qu'est-il devenu ce chevalier bel esprit?
LA MARQ LISE
Allons , vous allez encore vous moquer de mon petit auteur.
LA PRINCESSE
Ah ! c'est qu'il faut qu'un poète ait bien du talent pour n'être pas ridicule. Eh pourquoi n'arrive-t-il pas pour se défendre ?
LE DUC
Non , voilà comme sont tous ces faiseurs de vers. Pour un jour qu'on en a besoin dans la vie, ils se font attendre; et le reste du temps on ne trouve que cela sous ses pieds.
DESTOUCHES, à part.
Bel éloge des poètes et de la poésie!