SCENE
aux autres , a accepté , pour obéir à son père , une lieutenaiice dans les gardes , lorsque ses goûts le portent au contraire vers une autre carrière. Loin d'avoir la dissipation de son âge, il a tous les goûts de lage mûr. L'étude absorbe tous ses instants , il fuit la société , passe sa vie avec les savants , dans les bibliothèques ■> et renonce enfin à paraître dans le monde.
ROSETTE
Eh! madame, ce goût -là gagne tous nos jeunes gens, et, si cela continue, je ne sais pas ce que nous deviendrons.
LA MARQUISE
Son père, qui n'a que ce fils, au désespoir de voir son isolement, et convaincu qu'il ne se mariera que très-tard, très-mal ou jamais, m'a crue capable de le rendre à la société. Piquée du refus qu'il a fait de me voir, curieuse de connaître ce jeune sauvage, j'ai consenti à tout ce qu'a voulu son père. La bizarrerie même du projet ajoute encore au plaisir de ma petite vengeance. Car tel est notre caractère , à nous autres femmes, que tout ce qui est extraordinaire nous séduit d'abord. J'ai donc exécuté ma folle entreprise; mon cousin est dans le château; et, soit par adresse ou séduction , je veux l'arracher à l'étude , et le forcer de sacrifier aux Grâces.
ROSETTE
Et vous avez raison. Puisque tous ces petits savantslà ne font plus d'attention à nous , et ne veulent plus nous enlever, c'est nous qui les enlèverons.
LA M/LRQUISE.
En attendant qu'il arrive , va faire un tour dans l'appartement qu'il doit habiter, et voir s'il ne lui manque rien.
ROSETTE
Oui , commençons notre vengeance en l'accablant de petits soins.
( Elle sort. )