JULIE, EUGÈNE
(iJulie entre , tenant un mouchoir sur ses yeux.) EUGÈNE.
C'est Julie; mais il me semble quelle pleure. Qu'avez-vous , ma chère Julie ?
JULIE
A.h ! c'est vous , monsieur Eugène ! ma tante vient de me conter tout le bonheur qui vous arrive {^eri pleurante^ et j'en suis bien contente.
EUGÈNE
On ne le dirait guère. Mais qui cause donc vos larmes ?
JULIE
Je vous le répète encore, monsieur, c'est la joie de vous savoir heureux.
EUGÈNE
Heureux... c'est une autre affaire. Sous un certain point de vue, je le serais, puisque cet événement me donnerait l'avantage d'assurer à vous et à votre tante une petite fortune.
JULIE
Oui, monsieur, je sais que vous voulez me doter; mais comme je ne veux pas me marier, je vous prierai de garder votre argent.
EUGÈNE
Quoi ! l'offre que j'ai faite à votre tante pourrait vous offenser ?
JU LIE
Oui, monsieur; jamais je ne toucherai à ce qui pourra venir d'une femme qui achète un mari comme on achète un esclave.
EUGÈNE
Elle a raison.
JULIE
Elle veut, dit-on, vous emmener bien loin dans ses terres.
Ce sont là ses projets; reste à savoir si j'y consentirai.
JULIE
Vous n'aurez pas le droit de refuser, puisque vous lui appartiendrez. Pour son argent, il est de toute justice qu'elle fasse de vous ce qu'elle voudra.
EUGÈNE
Oh ! on ne fait pas de moi ce qu'oix veut.
JULIE
Pourrez-vous bien lui résister, quand vous serez seul dans les pays étrangers? Sans compter encore que cette femme, qui n'a pas voulu se montrer, est sans doute épouvantable.
EUGÈNE
Mais non ; sa taille m'a paru très-bien.