‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 93 sur 400 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

SiR HARVEY, FLATTEMAN.

SIR HARVEY

Oui, mon cher Flatteman, je vous l'ai déjà dit, Mon aimable orphelin, jeune homme plein d'esprit, Edouard, qu'autrefois ma femme trop hautaine A chassé de chez moi par une injuste haine. Qui se trouve aujourd'hui, je ne sais trop comment, Avoir , ainsi que moi , sa voix au parlement , Oubliant que madame eut tort dans la querelle. Par amitié pour moi, revient dîner chez elle.

FLATTEMAN.

C'est un coup de parti. — Nous le tiendrons bientôt. Et vous avez servi sa Grâce commme il faut.

SIR HARVEY

Oui, mais je sers toujours, et mon très-cher beau-frère.

i56 L'ORATEUR ANGLAIS.

Tout ministre qu'il est, me laisse tout à faire.

Sitôt qu'il apparaît des hommes à talents

Qu il veut amadouer par ses adroits agents ,

G est ici , c'est chez moi , mais surtout à ma table ,

Que je dois lui prouver un zèle infatigable.

Vous, comme notre ami, vous avez l'embarras

De faire aux étrangers les honneurs du repas,

De leur parler d'emplois qui mènent à la gloire ;

Puis à la sinécure on en vient après boire :

Si bien qu'un député de l'opposition

Se trouve après dîner de votre opinion.

Sans être un grand esprit, je vois votre tactique ,

Et surtout votre amour pour la chose publique ;

Mais pour tous ces messieurs il est un résultat,

Lorsque moi baronnet, qui tiens un grand état

Et qui par mon hymen suis parent de sa Grâce,

Depuis dix ans j'écoute à notre chambre basse,

Toujours au même lieu , pour approuver la loi

Que nous vient apporter le ministre du roi.

Je me lasse à la fin de jouer un sot rôle ;

Qu'il tienne sa promesse, ou je prends la parole;

Et je ne prétends plus, je vous le dis tout franc,

Passer ma vie à table ou dormir sur mon banc.

Surtout je ne veux plus, quoi qu'on en puisse dire ,

Mériter des journaux la sanglante satire,

En donnant à dîner à vos amis nombreux.

Qui pensent m'honorer en buvant mon vin vieux.

FLATTEMAN.

Mais je suis tout surpris de vous voir eu colère ! Avez -vous donc perdu cet heureux caractère

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