ACTE IV, SCENE IX. i8i
dévouer de corps et d'ame à la première réquisition , et cela sous peine de passer pour un ingrat.
CAMILLE
Oui ; et souvent quelque sacrifice que l'obligé fasse , il n'a jamais assez fait.
LE SÉNÉCHAL
Je vois que vous connaissez parfaitement les hommes.
CAMILLE
Beaucoup trop.... Eh bien! voyez pourtant quel est mon courage! Je vais me marier.
LE SÉNÉCHAL
Et c'est pour cela que je voulais vous parler; la nouvelle est donc vraie ?
Très-vraie ! J'épouse ce malheureux Edmond.
LE SÉNÉCHAL
Quelle belle ame vous avez !... Ce sont ses revers qui le rendent plus intéressant à vos yeux?
CAMILLE
J'espère, au moins, que le monde ne m'accusera pas d'ingratitude.
LE SÉNÉCHAL
Vous allez vous faire une réputation inconcevable.
CAMILLE
Cet hymen, s'il ne m'est pas avantageux, est au moins honorable.
LE SÉNÉCHAL
Je le crois bien. Edmond est le fils d'un des plus nobles seigneurs de France.
C A MILLE
C'est beaucoup ; mais ce noble seigneur est aussi le plus riche.
LK SÉNÉCHAL
Que vous importe! puisque le fils est déshérité.
CAMILLE
Je le sais ; Edmond me l'a dit.
Ah ! c'est bien de sa part.
CAMILLE
Mais le temps peut les réunir ; et alors cette exhérédation....
LE SÉNÉCHAL
Ah ! je vois bien que vous ne connaissez pas le vieux baron.... Avant trois mois peut-être, il va marier sa jeune pupille , que l'on nomme Ermance , à un gentilhomme de son choix, et il doit lui donner toute sa fortune.
CAMILLE
Edmond ne m'avait pas parié de cette Ermance.
LE SÉNÉCHAL
Cette pupille, qui est grandement recherchée, serait mariée depuis long-temps, sans les obstacles qu'elle oppose aux volontés du baron... Cette petite personne • raffolle de notre jeune homme. C'est un véritable enfant qui, de bonne fol, se croit fiancée avec Edmond, parce qu'elle lui a donné un riche collier tressé de ses cheveux.
c A M I L L E , vivement.
Un collier de ses cheveux!... {^A pcirl.) Ah! Ton m'a trompée !