‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 178 sur 362 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le BARON, CHARLE S , ED MON D.

EDMOND, à part.

C'est la raison , vraiment.

CHARLES, à Edmond.

A peine il nous regarde.

Quel orgueil !

EDMOND

A parler, ma foi, je me hasarde.

(Au baron, en passant au milieu.)

Monsieur

LE BARON

Eh bien ! mon cher.

CHARLES , à part.

Il me donne une humeur...

LE BARON, d'un ton de protecteur.

Vous me demandez donc....?

CHARLES, à part.

Ah ! quel air de hauteur ;

EDMOND, d'un ton d'ironie.

Je ne demande rien, je vous le certifie.

Je suis riche, monsieur; et mon fils, de sa vie,

N'aura , grâces à moi , hesoin d'un protecteur.

LE BARON, à Charles.

Quel est donc votre père?

EDMOND

Eh mais ! je suis , monsieur , Un riche commerçant.

LE BARON

Cet état, je l'honore.

EDMOND

Il donne la richesse. En vérité, j'ignore

Pourquoi mon fds , qui peut prétendre à de grand biens.

D'en jouir noblement veut s'oter les moyens.

Sans ma permission il se fait secrétaire ;

Il peut en avoir trois, si cela peut lui plaire.

Est-ce l'ambition qui peut le tourmenter?

Il est de ces emplois que je puis acheter.

D'ailleurs , j'ai vingt barons qui m'offrent de le prendre;

Dès demain, s'il le veut, chez eux il peut se rendre:

Tous sauront l'appuyer de leur protection.

Ils m'ont, il est très-vrai, quelque obligation.

Mon coffre , bien souvent , leur servit de ressource ;

Tous ces nobles messieurs ont puisé dans ma bourse.

C'est un faible; pour moi, j'aime les grands seigneurs.

Ainsi je puis pour Charle avoir des protecteurs.

A'CTE I, SCENE \. 'i63

LE BARON

Qu'en avez-vous besoin ? il sait combien je l'aime.

EDMOND

Xon, pour lui je vous trouve une froideur extrême.

CHARLES, à part.

Que mon père est adroit !

LE B A RON , passant an milieu.

C'est bien mal me juger !

En le plaçant bientôt, je prétends me venger.

EDMOND

Non, de votre bonté....

CHARLES

Moi , je vous remercie.

LE BARON

J'ai pour Charle une estime....

Et je m'en glorifie.

EDMOND

Et vous avez raison ! C'est un aimable enfant.

Cela me fait penser.... ah! j'y suis maintenant,

Qu'une très-grande dame, elle est, je crois, princesse,

Par la reconnaissance à mon fils s'intéresse.

De la rapace main d'avides créanciers

J'ai sauvé son château, de mes propres derniers.

Cette princesse-là sera sa protectrice.

LE BARON, avec chaleur.

Je ne souffrirai pas, monsieur, cette injustice.

M'enlever mon ami ! c'est être trop cruel ;

Et Charle, en me quittant, se rendrait criminel.

2(34 LA FILLE D'HONTNEUR.

CHARLES

Monsieur , je suis charmé....

LE B A R O îf , à Edmond.

Non , VOUS avez beau faire.

Et moi je ne veux plus qu'il reste secrétaire.

Mon père, cependant....

LE BARON

Vous le verrez un jour , Par mes soins, devenir un conseiller de cour. Tout semble m'annoncer une faveur prochaine; Le prince me confie à présent son domaine. Vous devez croire alors que ma protection Peut au moins s'élever à votre ambition.

EDMOND

Mais , monsieur le baron , il faut que je l'emmène Pendant cinq ou six mois.

LE BARON

Non, pas une semaine.

EDMOND

J'arrive pour le voir.

LE BARON

Vous le verrez ici.

EDMOND

Je crains d'importuner....

LE BARON

Mais Charle est mon ami.

Venez , venez chez moi ; n'est-il pas convenable Qu'il m'amène son père, un homme respectable,

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