ACTE II, SCENE I
LE BARON
Votre haine encor....
LA BARONNE
Doit s'accroître au moment De les accabler tous de mon ressentiment. C'est ce grand maréchal , vertueux hypocrite , Qui causa mon exil ; ce souvenir m'irrite : Combien m'a fait de mal sa feinte loyauté ! Avec tous ses grands mots , d'honneur , de probité , Il croyait bien m'avoir pour toujours éclipsée; Mais je rentre à la cour , et j'y rentre offensée : Oui j monsieur , qu'on me laisse arriver une fois , Et notre sermonneur ira prêcher ses bois.
LE BARON
Quels sont donc vos projets ? se peut-il que l'intrigue...?
LA BARONNE
Je reprendrai mes droits , qu'avec raison je brigue. Pour vous, qui vous réglez sur le bon ton des cours, Des profonds courtisans employez les détours ; ''; Apaisez , d'un souris, des haines implacables; Dérobez votre humeur sous des formes aimables. Loin de vous imiter, mon courroux , mon dédain, Effraîront ces ingrats de mon pouvoir prochain.
LE BARON
Moi , je n'ai d'autre espoir , lorsque je rentre en grâce , Que d'obtenir du prince une éminente place ; Que d'obtenir de plus , et j'aurai son aveu , Les biens injustement légués à mon neveu.
LA BARONNE
Oh! pour les réclamer je vous donne un bon guide!
LE BARON
Qui donc? ce chevalier, que l'on dit un perfide, Qui fait chez moi le maître, et, fort de mon crédit. Semble me protéger alors qu'il m'avilit?
LA. BARONNE
Oui , c'est un intrigant que le sort favorise.
LE BARON
Vous l'accueillez trop bien , s'il faut que je le dise : Dès qu-'il s'absente un jour, vous l'envoyez chercher. Est-il quelque secret qu'on veuille me cacher?
LA BARONNE
Laissez-nous donc agir, ce n'est pas votre affaire. Cet homme , j'en conviens , a lieu de vous déplaire ; Mais de pareilles gens contre nos envieux Il faut bien s'étayer.... Par quelques mots heureux, Par des contes plaisants chez les grands ils se glissent , Flattent leurs passions , à leur haine s'unissent , Surprennent leurs secrets; et puis vont à prix d'or Trahir leurs bienfaiteurs , et les vendre au plus fort : Espèce dont il faut redouter l'influence. Acheter la parole , ou payer le silence ; Qu'on craint de rencontrer, que pourtant on reçoit, Qu'on méprise partout , et que partout on voit.
LE BARON, apercevant le chevalier qui entre par le fond.
Le chevalier!