‹ OEuvres complètes (volume 4)Chapitre 235 sur 362 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

De sa sévérité je n'avais rien à craindre ; Lui seul me protégea; mais, dès qu'il s'éloignait C'est alors qu'au château mon tourment commençait.

Continuez. Songez qu'il faut que l'on m'éclaire. Envers vous, pauvre enfant, on fut donc bien sévère:'

EMMA

On fut cruel , monsieur ; je dois en convenir.

Sachez que j'ai passé mon enfance à souffrir

Le chagrin , le caprice , et l'orgueil de ma tante :

J'enviais en secret le sort d'une servante.

Pas un mot d'intérêt , pas un nom d'amitié ;

On semblait m'accorder le pain de la pitié.

Si quelques étrangers , ignorant ma naissance ,

Demandaient qui j'étais, soudain, en ma présence.

On disait, sans égard : « C'est l'enfant du malheur ,

Dont le noble baron s'est fait le protecteur. »

Oh ! c'est surtout , monsieur , la dame doucereuse ,

Belle-sœur du baron , que l'on dit si pieuse ,

Qui remplissait mes jours, déjà trop rigoureux.

De devoirs puérils, de soins mmutieux;

Et qui très-fîère aussi de tant de bienfaisance ,

Me faisait un tourment de la reconnaissance.

Ah ! si le ciel encor m'offrait dans l'avenir

Les chagrins du passé, j'aimerais mieux mourir.

EDMOND

Chère enfant!... il cessa le temps de la souffrance, Lorsque du chevalier l'agréable présence Découvrit en un jour aux parents aveuglés Des charmes à leurs yeux ])ar le malheur voilés.

Combien ce changement dut vous sembler étrange !

Dès cet instant , monsieur , je leur parus un ange.

Je devais en effet ce prodige étonnant

A notre chevalier ; mon oncle était absent.

A peine je parlais, qu'un bienveillant sourire

D'avance applaudissait ce que je n'osais dire.

On louait mon esprit ; et ma naïveté

Ajoutait, disait-on , du prix à ma beauté.

La baronne voulut qu'on changeât ma parure ;

Ses mains prirent le soin d'embellir ma figure ;

Et quand je fus parée , ah ! leur ravissement

Devint égal au moins à mon étonnement.

Le lendemain du jour qu'on me trouva si belle ,

Ma tante quelque temps se retira chez elle :

Elle était bien malade ; au moins on le disait.

De se rendre à Tœplitz on forma le projet.

Mon oncle y devait être; et, malgré mon jeune âge,

A ma grande surprise on me mit du voyage.

EDMOND

Dites -moi , la malade avait-elle en partant La figure abattue et l'air un peu souffrant ?

EMM A

Jamais je ne la vis plus gaie et plus aimable. La route nous parut à tous fort agréable: Chaque objet inspirait les mots les plus heureux ; Formant mille projets, j'en riais avec eux; Des châteaux qu'on voyait noble propriétaire. Chez moi je recevais une cour tout entière : Nous arrivons enfin. Quel plaisir en ce lieu!

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