ACTE l, SCENE IX. /^rS
Et, si d'un coup cruel j'ai sauvé son honneur. J'ai (lit au sot d'aller au diable de bon cœur.
MADAME FKANVILLK.
Ah! que ne puis-je avoir ce moyen admirable
D'offrir la vérité sous cet aspect aimable?
J'en userais, monsieur, tout aussi bien que vous.
Je dirais , par exemple , à madame Dernoux ,
Chez qui , selon votre ordre , aussi j'ai dû me rendre,
Que femme à se parer sait plus ou moins s'entendre;
Et qu'il ne faudrait pas dans la société
D'une grande parure étaler la beauté ,
Lorsque l'on doit chez soi devenir moins altière
Et reprendre l'habit d'une humble chambrière.
Je dirais à sa sœur, l'insipide Zoé
^ Car toute la maison est l'arche de Noé),
Que je m'occupe peu du prix de nos denrées.
Du renchérissement des droits et des entrées.
Et que, sans dédaigner un domestique soin.
Ce n'est qu'au cuisinier que j'en parle au besoin.
Je leur dirais encore....
FRANVILLE.
Eh! madame, de grâce!,...
Le trait le plus piquant mal dirigé nous lasse. Il ne faut pas jouer avec ses ennemis.
MADAME FRA:>fVILI,E.
Moi, je ne me connais, monsieur, que des amis. Qui me disent tout bas que je suis bonne et belle ; Qu'ils sont francs et discrets, que leur cœur est fidèle...
FRANVILLE.
Oui , tous nos jeunes gens viennent vous adorer.
Il ne tiendrait qu'à vous de vous en assurer.
F R AN VI LLE , souriant.
Ah! folie!....
MADAME FRANVILLE.
A présent vous voulez donc bien rire ?
FRANVILLE.
C'est bon. Vous m'avez fait oublier de vous dire Qu'il faut que l'on prépare un grand appartement : Un étranger chez moi va venir....
MADAME FRANVILLE.
Quoi ! vraiment i^
SOPHIE , à part.
Saint-Gérant disait vrai.
MADAME FRANVILLE.
Grâce au ciel, je respire.
Quelqu'un va donc enfin adoucir mon martyre. Nous vient-il de Paris? est-il jeune? est-il beau ? Quel qu'il soit, il plaira, puisque c'est du nouveau; Et je pourrai du moins, pour peu qu'il soit aimable, Plaisanter avec lui d'un mari peu traitable, D'une charmante nièce au regard tendre et bon , Qui n'a que le défaut d'avoir toujours raison.